René Guénon : « La Franc-Maçonnerie » (2)

 Si la première partie nous a permis d’aborder la Maçonnerie d’une manière assez générale, la deuxième partie abordera des sujets aussi divers que controversés.

 Les citations sont tirées du livre en deux tomes « Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le compagnonnage » aux Editions Traditionnelles.

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Partie 2 : Entre Tradition et conspiration

  •  La Révolution Française : Complot Maçonnique ?

 Dans les deux comptes rendus de livres qui suivent, René Guénon témoigne en faveur des deux auteurs en appelant « légende » l’idée selon laquelle, la Franc-Maçonnerie aurait préparé la révolution Française.

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« Aussi lui arrivera-t-il sans doute de déplaire à la fois à la plupart des Maçons et à leurs adversaires, par exemple lorsqu’il démolit la légende qui veut que la Maçonnerie ait joué un rôle considérable dans la préparation de la Révolution, car, chose curieuse cette légende, qui doit sa naissance à des écrivains antimaçonniques tels que l’abbé Barruel, a fini par être adoptée, beaucoup plus tard, par les Maçons eux-mêmes. A ce propos, il est à remarquer que, parmi les personnages du XVIIIe siècle qui sont communément regardés comme ayant été rattachés à la Maçonnerie, il en est beaucoup pour lesquels il n’y a pas le moindre indice sérieux qu’ils l’aient jamais été réellement ; c’est le cas, entre autres, de la très grande majorité des Encyclopédistes.»

Comptes rendus de livres, Juillet 1936 – Albert Lantoine
« Histoire de la Franc-Maçonnerie française : La Franc-Maçonnerie dans l’État »

 

« Une autre vue beaucoup plus juste est celle qui se rapporte au rôle de la Maçonnerie au XVIIIe siècle : ses recherches l’ont convaincu qu’elle n’a nullement préparé la Révolution, contrairement à la légende propagé d’abord par les antimaçons, puis par certains Maçons eux-mêmes ; seulement, ce n’est point une raison pour conclure que « la Révolution est l’oeuvre du peuple », ce qui est de la plus parfaite invraisemblance ; elle ne s’est certes pas faite toute seule, bien que ce qui l’a faite ne soit pas la Maçonnerie, et nous ne comprenons même pas comment il est possible, à qui réfléchit tant soit peu, d’ajouter foi à la duperie « démocratique » des révolutions spontanées…»

Comptes rendus de livres, Avril 1937 – Maurice Favone
« Les disciples d’Hiram en province : La Franc-Maçonnerie dans la Marche »
     

  • Les interprétations antichrétiennes

Deux autres comptes rendu qui se rapportent cette fois-ci à des articles mentionnant la Tradition Chrétienne.

Le premier extrait évoque un article de Julius Evola où ce dernier traite la question d’un antichristianisme maçonnique, tandis que dans l’autre, il est fait mention du symbole que représente la Bible au sein de la Maçonnerie.

« Dans la Vita Italiana (numéro d’avril), M. J. Evola publie un article intitulé Dall « esoterismo » al sovversivismo massonico, dans lequel il critique sur certains points l’attitude de l’antimaçonnisme vulgaire : il reconnaît en effet l’existence dans la Maçonnerie d’une tradition symbolique et rituelle en rapport avec « des doctrines ou des courants préexistants à sa forme actuelle et d’un caractère spirituel incontestable » ; il proteste en outre contre l’interprétation qui voudrait voir là une sorte de tradition « antichrétienne », ce qui a d’autant moins de sens que, si l’on examine ces antécédents de la Maçonnerie, « on se trouve conduit à des traditions effectivement antérieures au Christianisme », et il signale aussi le caractère hiérarchique et aristocratique que ces traditions eurent toujours à leurs origines. »

Comptes rendus d’articles de revues, Juin 1937

 

artfm2« Dans le Speculative Mason, la suite de l’étude sur The Preparation for Death of a Master Mason envisage la « Tradition Sacrée », qui est représentée symboliquement dans les Loges par la Bible parce que celle-ci est, en fait, le Livre sacré de l’Occident depuis l’époque chrétienne, mais qui ne doit point être considérée cependant comme se limitant à ce seul Livre, mais au contraire comme comprenant également et au même titre les Écritures inspirées de toutes les formes traditionnelles diverses, qui ne sont qu’autant de branches dérivées de la même Sagesse primordiale et universelle. »

Comptes rendus d’articles de revues, Décembre 1938

 

  • Le « Grand Secret de réconciliation » des Templiers et des Maçons

Le premier compte rendu fait mention d’un livre traitant de la Franc-Maçonnerie et plus particulièrement pour ce qui est de l’extrait qui nous intéresse ici, d’un secret commun entre les Maçons et les templiers. Le compte rendu qui suit complète le premier en apportant une précision sur le symbolisme du vin.

artfm3« Le dernier chapitre, Le Secret du Temple, rappelle à l’attention des Maçons, aujourd’hui trop oublieux de ces choses, les liens, certainement plus qu’« idéaux » quoi que certains puissent en dire, qui les rattachent aux Templiers ; ce n’est qu’une esquisse historique assez rapide, mais néanmoins très digne d’intérêt. Il ne paraît pas douteux que, comme le dit l’auteur, et bien qu’il ait pu y avoir encore autre chose dont cela même n’était qu’une conséquence, les Templiers aient possédé un « grand secret de réconciliation » entre le Judaïsme, le Christianisme et l’Islamisme ; comme nous l’avons déjà dit nous-même en une autre occasion, ne buvaient-ils pas le même « vin » que les Kabbalistes et les Soufis, et Boccace, leur héritier en tant que « Fidèle d’Amour », ne fait-il pas affirmer par Melchissédec que la vérité des trois religions est indiscutable… parce qu’elles ne sont qu’une en leur essence profonde ? »

Comptes rendus de livres, Juillet 1936 – André Lebey
La Vérité sur la Franc-Maçonnerie par des documents, avec le Secret du Triangle

 

« Dans le Symbolisme (n° d’octobre) […] « Diogène Gondeau » intitule L’Intempérance mystique un article qui montre qu’il n’a rien compris à Omar ibn El-Fârid, mais aussi qu’il est bien fâcheux de présenter comme « mystiques » des choses qui ne le sont pas : s’il était dit nettement et sans équivoque que le « vin » symbolise la « doctrine secrète », réservée aux initiés, il serait difficile, même à « Diogène Gondeau », de se livrer à de pareils commentaires et à d’aussi lamentables calembours. »

Comptes rendus d’articles de revues, Décembre 1933

 

  • Symbolisme Hébraïque dans les loges

 Ici est abordé le thème controversé de l’origine Juive de la Maçonnerie et de ses apports symboliques.

artfm4« Dans la Vita Italiana (numéro de juin), un article de M. Gherardo Maffei, sur les rapports du Judaïsme et de la Maçonnerie, témoigne d’une attitude comparable à celle qui s’affirmait déjà dans l’article de M. J. Evola dont nous avons parlé précédemment. L’auteur fait remarquer très justement que, en ce qui concerne l’origine de la Maçonnerie, la présence de nombreux éléments hébraïques dans son symbolisme ne prouve rien, d’autant plus que, à côté de ceux-là, il s’en trouve aussi beaucoup d’autres qui se rattachent à des traditions toutes différentes ; en outre, ces éléments hébraïques se rapportent à un côté ésotérique qui n’a assurément rien à voir avec les aspects politiques ou autres que visent ceux qui combattent le Judaïsme actuel, et dont beaucoup prétendent lui associer étroitement la Maçonnerie. Naturellement, tout cela est sans rapport avec la question des influences qui, en fait, peuvent s’exercer à notre époque dans la Maçonnerie aussi bien qu’ailleurs, mais c’est précisément cette distinction que, par ignorance ou par parti pris, on oublie trop souvent ; et nous ajouterons plus nettement encore, quant à nous, que l’action des Maçons et même des organisations maçonniques, dans toute la mesure où elle est en désaccord avec les principes initiatiques, ne saurait en aucune façon être attribuée a la Maçonnerie comme telle. » 

Compte rendu d’articles de revues, Septembre 1937

 
artfm5Et je voudrais attirer l’attention des lecteurs sur le fait que ces symboles se retrouvent également dans certains de nos édifices religieux.
 

    • De la contre-initiation

    Les deux extraits qui suivent complètent très bien les deux extraits précédents et évoquent la question de la contre-initiation.

    artfm6« En tout cas, il y a ici une tendance à exagérer considérablement le rôle attribué aux Juifs, jusqu’à supposer que ce sont eux seuls qui en définitive mènent le monde, et sans faire à leur sujet certaines distinctions nécessaires ; comment ne s’aperçoit-on pas, par exemple, que ceux qui prennent une part active à certains évènements ne sont que des Juifs entièrement détachés de leur propre tradition, et qui, comme il arrive toujours en pareil cas, n’ont guère gardé que les défauts de leur race et les mauvais côtés de sa mentalité particulière ? Il y a pourtant des passages (notamment pp. 105-110) qui touchent d’assez près à certaines vérités concernant la « contre-initiation » : il est tout à fait exact qu’il ne s’agit pas là d’« intérêts » quelconques, qui ne peuvent servir qu’à mouvoir de vulgaires instruments, mais d’une « foi » qui constitue « un mystère métapsychique insondable pour l’intelligence même élevée de l’homme ordinaire » ; et il ne l’est pas moins qu’« il y a un courant de satanisme dans l’histoire »… Mais ce courant n’est pas seulement dirigé contre le Christianisme (et c’est peut-être cette façon trop restreinte d’envisager les choses qui est la cause de bien des « erreurs d’optique ») ; il l’est aussi, exactement au même titre, contre toute tradition, qu’elle soit d’Orient ou d’Occident, et sans en excepter le Judaïsme. Quant à la Maçonnerie, nous étonnerons peut-être beaucoup les auteurs si nous disons que l’infiltration des idées modernes, au détriment de l’esprit initiatique, en a fait, non point un des agents de la « conspiration », mais au contraire une de ses premières victimes ; et cependant, en réfléchissant à certains efforts actuels de « démocratisation » du Catholicisme lui-même, qui ne leur ont certainement pas échappé, ils devraient pouvoir arriver, par analogie, à comprendre ce que nous entendons par là… Et oserons-nous ajouter qu’une certaine volonté d’égarer les recherches, en suscitant et en entretenant diverses « hantises » (peu importe que ce soit celle de la Maçonnerie, des Juifs, des Jésuites, du « péril jaune », ou quelque autre encore), fait précisément aussi partie intégrante du « plan » qu’ils se proposent de dénoncer, et que les « dessous » réels de certaines équipés antimaçonniques sont tout particulièrement instructifs à cet égard ? Nous ne savons que trop bien que, en insistant là-dessus, on risque fort de n’être agréable à personne, de quelque côté que ce soit ; mais est-ce là une raison suffisante pour ne point dire la vérité ? »

    Comptes rendus de livres, Juillet 1936
    Emmanuel Malynski et Léon de Poncins – La Guerre occulte

     

    « Ce que nous avons dit ici dernièrement, à propos de La Guerre occulte dont M. Léon de Poncins est aussi l’un des auteurs, quant à certaines exagérations concernant le rôle des Juifs dans le monde, et quant à la nécessité de faire en tout cas certaines distinctions, s’applique encore à ce nouveau volume. Il y a assurément beaucoup de vrai dans ce qui y est exposé au sujet de deux « Internationales », l’une révolutionnaire et l’autre financière, qui sont sans doute beaucoup moins opposées réellement que ne pourrait le croire l’observateur superficiel ; mais tout cela, qui fait d’ailleurs partie d’un ensemble beaucoup plus vaste, est-il vraiment sous la direction des Juifs (il faudrait dire plutôt de certains Juifs), ou n’est-il pas utilisé en réalité par « quelque chose » qui les dépasse ? Il y aurait du reste, pensons-nous, une étude bien curieuse à faire sur les raisons pour lesquelles le Juif, quand il est infidèle à sa tradition, devient plus facilement qu’un autre l’instrument des « influences » qui président à la déviation moderne ; ce serait là, en quelque sorte, l’envers de la « mission des Juifs », et cela pourrait peut-être mener assez loin… L’auteur a tout à fait raison de parler d’une « conspiration de silence » à l’égard de certaines questions ; mais que serait-ce s’il lui arrivait de toucher directement à des choses beaucoup plus vraiment « mystérieuses » encore, et auxquelles, disons-le en passant, les publications « anti-judéomaçonniques » sont les premières à bien se garder de faire jamais la moindre allusion ? »

    Comptes rendus de livres, Octobre 1936
    Léon de Poncins – La mystérieuse Internationale juive

     

    • Le B’nai B’rith : Une pseudo-Maçonnerie

    artfm7« Nous avons reçu les premiers numéros d’une nouvelle revue intitulée La Juste Parole, qui présente ce caractère quelque peu exceptionnel d’être à la fois « philosémite » et antimaçonnique. Nous y trouvons, entre autres choses, une mise au point concernant l’Ordre juif B’nai B’rith (Fils de l’Alliance), qui n’a rien de maçonnique, contrairement à l’opinion répandue dans certains milieux ; peut-être faudrait-il seulement ajouter qu’il vise quelque peu à imiter la Maçonnerie (l’emploi du mot « Loges », notamment, en est un indice), comme toutes les organisations « fraternelles » d’origine américaine. Un autre article est consacré à montrer qu’il n’y a pas de « Judéo-Maçonnerie » ; cela est parfaitement exact […]»

    Comptes rendus d’articles de revues, Mai 1937

     

    • La Franc-Maçonnerie : Luciférienne ou bouc émissaire ?

    Dans les passages qui suivent, René Guénon expose un avis tranché sur l’implication de la maçonnerie dans le culte satanique ou luciférien et met en évidence des impostures et des détournements, ainsi que des connivences assez particulières.

    artfm8« On trouve là-dedans un habile mélange de vrai et de faux, et il est exact que, comme il est dit dans l’avant-propos, « l’imposture n’existe qu’autant qu’elle est basée sur certaines côtés de la vérité propres à inspirer confiance » ; mais quel est au juste le « fond de vérité » contenu dans tout cela ? Qu’il y ait par le monde des « satanistes » et des « lucifériens », et même beaucoup plus qu’on ne le croit généralement, cela est incontestable ; mais ces choses n’ont rien à voir avec la Maçonnerie ; n’aurait-on pas, en imputant à celle-ci ce qui se trouve réellement ailleurs, eu précisément pour but de détourner l’attention et d’égarer les recherches ? »

    Comptes rendus de livres, Janvier 1935
    L. Fry – Léo Taxil et la Franc-Maçonnerie

     

    « D’autre part, l’auteur renvoie à une étude qu’il a déjà consacrée précédemment à des questions connexes de celles qu’il traite ici ; comment se fait-il que ce farouche antimaçon ait fait paraître cette étude dans une publication dont les attaches maçonniques nous sont parfaitement connues ? Nous n’entendons pas en cela mettre en doute la bonne foi de quiconque, car nous ne savons que trop combien de gens sont « menés » sans s’en douter le moins du monde ; mais nous considérons que ce livre est encore de ceux qui sont plus propres à égarer l’opinion qu’à l’éclairer ; et, nous qui observons ces choses d’une façon fort désintéressée, nous ne pouvons-nous empêcher de constater que les ouvrages de ce genre se multiplient actuellement dans des proportions anormales et assez inquiétantes… Quoi qu’il en soit, la meilleure preuve que l’auteur n’a point vraiment mis la main sur le « grand arcane » qu’il s’imagine dévoiler, c’est, tout simplement, que son volume a pu paraître sans encombre ! »

    Comptes rendus de livres
    Octobre 1933, Pierre de Dienval – La Clé des Songes

     

    Par notre camarade DesEspoirs, Janvier 2013

    Auteur : Dissidence Française

    www.la-dissidence.org

    Un commentaire

    1. Salutations.

      Bravo pour votre documentation, c’est très bien sourcé.

      Cependant la Maçonnerie spéculative n’est qu’un miroir de l’autorité moderne.

      Un système de domination total ne peut-être que synarchique. Les pouvoirs temporels et matériels ne peuvent exister sans l’amont du pouvoir spirituel et vice versa. Comme par exemple Constantin 1er qui inventa de collusion avec Sylvestre 1er sa miraculeuse guérisson de la lèpre émulant ainsi fallacieusement le Christ des Evangiles afin de mieux asseoir leurs hégémonies respectives sur le bas empire séditieux post-Dioclétinien.

      Les pouvoirs temporels et matériels contemporains sont incarnés par ces néo-monarchies que sont la haute finance cosmopolite avec ces néo-aristocraties que sont l’oligarchie bancaire couplées aux tenants du commerces internationales via l’intelligenzia politico-médiatique stipendiaire. C’est un fait.
      Quant au pouvoir spirituel actuel, donc l’autorité réelle, ses racines sont gnostico-simoniste: La Maçonnerie, ou plutôt les réseaux facsimilés sur le modèle « maçonnique », c’est-à-dire cooptatifs secrets et stratégiques dans le but de façonner et contrôler l’esprit humain, forment le haut clergé séculier; à l’instar et a contrario de ce qu’était l’Eglise unitaire pré-schisme anglican.
      La Maçonnerie spéculative n’est donc que le parangon prototypique constituant le laboratoire de l’autorité théosophique moderne. Les esprits avides de puissances, ne font qu’y puiser des informations sur les modes spéculatoires de gouvernances globales, pour mieux les mettre en application. Le temps de la Maçonnerie en tant que complot en soi visant le pouvoir est bel et bien terminé (ou du moins en léthargie) depuis Richelieu, mais ses enfants et petits enfants sont bel et bien en action.

      La bonne question serait peut-être de savoir qui incarne le « Vatican obscur » de ce nouvel ordre spirituel en phase de mondialisation? Le B’nai B’rith en est sûrement une des premières sous branche, mais qui en sont le « Pape » et « l’Empereur »?

      Cordialement.

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