Adrien Abauzit : Marché transatlantique, la « théorie du complot » devient réalité

Il y a encore un an de cela, le simple fait d’évoquer la mise en place d’un marché transatlantique valait à n’importe quel auteur les douces et grotesques accusations de complotisme. Et pour cause : tout ce qui est étranger à la vision du monde délivrée par les grands médias est l’objet d’accusation de complotisme. Officiellement, l’UE est faite pour faire contrepoids aux Etats-Unis.

Il était donc malséant de constater, textes officiels à l’appui, que bien au contraire, la « construction européenne » aboutissait à la fusion de l’Europe et des Etats-Unis.

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Un projet qui vient de loin

Si l’on s’en réfère aux textes officiels, la première étape de la mise en place du marché transatlantique est la Déclaration transatlantique du 22 novembre 1990, faite par ce qu’on appelait à l’époque la Communauté économique européenne et les Etats-Unis. Un dialogue institutionnel est créé. Dorénavant, sera organisé chaque année un sommet UE-Etats-Unis, auquel on ajoutera des réunions ministérielles bisannuelles.

En 1995, est adopté le Nouvel Agenda transatlantique. Ce partenariat prescrit un plan d’action et des objectifs communs, comme la promotion de la paix ou l’extension du commerce mondial.

Le 18 mai 1998, lors d’un sommet UE-Etats-Unis, il est décidé d’intensifier la coopération entre les deux zones par le Partenariat économique transatlantique. Son objet est clair : accroitre le libre-échange.

Lors du sommet UE-Etats-Unis, à Washington, le 30 avril 2007, les deux parties se mettent d’accord sur un nouveau partenariat économique, dont le but est d’harmoniser les normes entre le droit européen et le droit américain. Cette mission sera confiée au Conseil économique transatlantique (CET), créé pour l’occasion.

Enfin, le 9 mars 2009, le Parlement européen vote une résolution visant à la création pure et simple d’un marché transatlantique pour 2015. Ainsi, dans le point 45 de la résolution, le Parlement européen « invite instamment les partenaires à mettre à profit tout le potentiel du Conseil économique transatlantique pour surmonter les obstacles actuels à l’intégration économique et pour réaliser un marché transatlantique unifié d’ici à 2015 ».

Dernièrement, le commissaire européen au Commerce, le belge Karel de Gucht, ne cachait pas son enthousiasme et espérait l’achèvement du marché transatlantique dès la mi-2014*.

Petite touche par petite touche, très intelligemment, sans faire de bruit, sans brusquer les peuples réfractaires et sans même les alerter, on est arrivé à bâtir une institution gigantesque aux conséquences immenses. Mis devant le fait accompli, les peuples, comme à chaque fois lorsqu’il s’agit de la mise en place de la gouvernance mondiale, n’auront pas leur mot à dire. L’oligarchie mondialiste a décidé à leur place.

Le silence des médias, des experts et des partis politiques

En 2004, sortait dans le plus grand silence le livre de Pierre Hillard, La décomposition des nations européennes, dont le sous-titre était : De l’union euro-Atlantique à l’État mondial. Géopolitique cachée de la constitution européenne. C’est, à notre connaissance, en France, le premier ouvrage dans lequel était traitée la question de ce nouvel atlantisme. Avec cinq ans plus tard Jean-Luc Mélenchon, ces deux personnalités publiques sont les seules à avoir dénoncé le marché transatlantique.

Les années passant, aucun journaliste, aucun expert officiel ou homme politique de premier plan, y compris parmi ceux qui sont officiellement hostiles à l’OTAN et à l’UE, n’ont ajouté leur voix à la divulgation du marché transatlantique. A considérer le niveau historiquement inégalé de nullité et de félonie des élites françaises depuis au moins Pompidou, il n’y a ici nulle surprise. Ce silence, donc, ne pouvait avoir que deux causes : l’ignorance ou le mot d’ordre. Le lecteur tranchera, mais dans les deux cas, presstituées et politiques sont coupables.

Depuis quelques semaines cependant, le feu vert semble avoir été donné, quelques médias du Système ont commencé à parler du marché transatlantique. Chose logique, puisqu’il est trop tard : la mécanique arrive à son terme et l’on ne peut plus s’y opposer. Saluons l’artiste pour le tour de passe-passe.

La fin du mythe de l’Europe-contrepoids

Depuis maintenant trop d’années, presstituées et collabos nous vendent l’Union européenne comme seul moyen de faire contrepoids à la toute-puissance américaine. Argument bien curieux. Car enfin, sur quoi se fondait-il ? Qu’est-ce qui pouvait bien donner l’illusion d’une UE rivale des Etats-Unis ? L’américanisation des cultures européennes, des produits de consommation, des mœurs, des émissions de télévision, du cinéma ? L’occupation militaire de la quasi-totalité de l’Europe par les troupes américaines ? La relation privilégiée des Etats-Unis avec la Grande-Bretagne et l’Europe de l’Est ? La colonisation financière de l’Europe, via la liberté de circulation des capitaux, imposée par les traités européens, qui s’est traduit notamment par l’acquisition de plus de la moitié du CAC 40 par les fonds de pension et hedge funds anglo-saxons ? Le suivisme militaire au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, en Lybie et en Syrie ?

Nous le voyons, loin d’être un vecteur d’opposition aux Etats-Unis, le droit européen a permis aux Etats-Unis, via la liberté de circulation des capitaux, le libre-échange, l’interdiction de la monétisation de la dette et plus généralement, par la neutralisation des souverainetés européennes, d’accroître comme jamais dans l’histoire leur mainmise sur l’Europe.

Il fallait vraiment être un imbécile de première catégorie pour croire une demi-seconde que l’Union européenne puisse chercher à faire contrepoids à l’Oncle Sam. C’est pourtant la pilule que notre classe politique traitre a essayé de nous faire avaler. Et de fait, des millions de français ont mordu à l’hameçon.

Le marché transatlantique dissipera-t-il les illusions des plus naïfs ? Nous aimerions le croire…

Le peuple HS, la France à genou, le CDI au dépotoir

Et la France dans tout ça, quelle est sa position ? A votre avis cher lecteur, quelle est-elle ? Avons-nous vu les deux têtes de l’exécutif s’opposer au TSCG, au MES, à la guerre en Syrie ? N’avons-nous pas vu le béat Jean-Marc Ayraut faire au Maroc l’éloge des délocalisations, stupidement rebaptisées par lui « colocalisations » ? Ne voyons-nous pas notre couple d’homme invisible faire courbette devant les banques avec un faux Glass-Steagal Act à la française ?

François Hollande est le président de la République le plus soumis de l’histoire de France. Il était couru d’avance qu’il se rallie au marché transatlantique. Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, à défaut d’organiser un véritable référendum, a lancé une vaste consultation…des entreprises !** On remplace la démocratie comme on peut.

Le 11 janvier 2013, a été conclu un Accord national interprofessionnel (ANI) entre le MEDEF et plusieurs syndicats jaunes. Si cet accord, qui sera transposé au printemps en projet de loi, offre de nouveaux micros droits aux salariés, il n’en est pas moins le plus grand recul en matière de droit du travail depuis l’existence de cette matière.

En effet, l’ANI prévoit la création d’un nouveau type d’accord d’entreprise, les « accords pour l’emploi ». Lorsque ce type d’accord est conclu, un salarié qui refuse une diminution de son salaire ou une augmentation de son temps de travail pourra être licencié pour motif économique sans même avoir le droit de contester son licenciement devant les Prud’hommes (ce qui est inconstitutionnel).

Rappelons que la jurisprudence actuelle n’autorise pas l’employeur à modifier unilatéralement la rémunération ou le temps de travail des salariés. Pour cela, l’accord du salarié est obligatoire. En clair, les « accords sur l’emploi » annulent purement et simplement les garanties juridiques des CDI. Une fois l’ « accord sur l’emploi » conclu, le CDI n’existe plus, il est vidé de sa substance, de sa réalité. La « gauche », qui ne cessait de donner des leçons de « social » à Nicolas Sarkozy, a fait ce que ce dernier n’aurait jamais osé. Elle a même fait pire que le fameux CPE de Dominique de Villepin. A cet égard, il sera intéressant de voir si les syndicats non signataires de l’ANI seront autant motivés pour faire capoter la machine, qu’ils ne l’ont été pour le CPE. Nous les attendons au tournant.

Où voulons-nous en venir ? Souvenons-nous des textes. Le marché transatlantique ne peut se faire que si les législations européennes et américaines sont harmonisées. Bien évidemment, pour le peuple, comme dans toute « harmonisation », cette harmonisation se fera à la baisse. Il n’est pas incohérent de considérer que ce recul du droit du travail français ait été opéré dans une logique d’harmonisation avec le droit du travail américain.

Nous prions à genou le lecteur de bien croire que ce marché transatlantique est un piège à loup. Un piège à loup sur lequel les collabos du gouvernement nous forceront à mettre le pied.

_________________________

*http://www.challenges.fr/economie/20120611.CHA7352/europe-usa-la-zone-de-libre-echange-dont-reve-bruxelles.html

**http://www.challenges.fr/economie/20130129.CHA5653/la-france-se-rallie-a-l-idee-d-une-zone-de-libre-echange-transatlantique.html

Adrien Abauzit, sur Roads Magazine

A propos de l’auteur Dissidence Française

www.la-dissidence.org

(3 commentaires)

  1. On s’américanise de plus en plus, on devient un sous continent des Amériques, peut-être bientot leurs esclaves maintenant qu’ils l’on aboli dans l’État du Mississippi, le 07/02/2013.
    Et biensur on ecoute et on suis un peuple qui a a peine 500 ans d’histoire, et quelles HISTOIRE??? La domination….

  2. Zone Europe-États-Unis : c’est maintenant ou jamais qu’ ils disent sans le moindre doute !

    pas si sûr …

    Avant c’est trot tôt … Maintenant c’est pas le moment … Après ce sera trop tard …

    libre échange pour le profit de qui ?

    des peuples … certes NON,

    des politiques, des finances, des lobbys, des profiteurs de toutes natures, certes OUI,

    alors la route sera ouverte sans plus aucune limite a la déroute de l’ impérialisme si cher aux institutions outre Atlantique ….

    « Honni soit qui mal y pense »

    « De la force de la raison aux raisons de la force » P_L

  3. Sur le plan international, le modèle économique postfordiste connu par différents vocables dont principalement un qui revient fréquemment : « mondialisation », a démontré son incapacité à satisfaire les couches sociales les plus démunis qui constituent malheureusement la base de la pyramide démographique mondiale (chiffres à l’appui BM, IDH 2012). Mieux encore, c’est ce modèle qui génère les inégalités économiques et sociales entre d’un côté une sphère très réduite détentrice de pouvoir financier (livre de la monnaie) appuyées ou en connivence avec les sphères politiques, qui fixent de façon direct ou indirect les prix, les salaires et certainement le train-train de la vie d’un commun des mortels à un point du globe, puisque la valeur d’échange d’un produit ou service est déterminé par le taux d’intérêt incorporé dans le calcul de tout indice économique, et d’un autre côté ceux plus nombreux qui peinent à accéder aux sources de financement soit pour alimenter leurs activités (les activités de l’économie de proximité, de l’économie sociale, économie informelle populaire), ou soit pour subvenir à leurs besoins élémentaires.
    C’est bizarrement ce même modèle qui a permis à des économistes d’êtres primés par la communauté des savants ( Nobel) pour lui avoir permis d’être prolongé, revu, et proposé dans des moutures plus humanistes. En définitive c’est un modèle développé par des esprits illuminés initialement (le capitalisme des siècles de lumières) qui a resurgi et a pris des formes plus expansionnistes (l’impérialisme contemporain), mais cette fois avec une différence capitale, la fréquence des cycles de crises économiques et sociales se réduit de plus en plus et ne peut s’expliquer par la seule théorie de Merton, Black et Scholes (Doré, 2012) , ce qui laisse présager la montée en force d’un mouvement social de contestation, d’ailleurs qui se fait sentir de plus en plus, et aussi naturel que son précédent, oblige les Etats ( de coutume garante des intérêts de la première sphère) à céder plus de lest politique aux représentant des couches sociales moyennes et démunies. Ce contrepoids est aussi naturel et bénéfique à l’humanité est permet plus largement à d’autres mode de gouverne démocratiques locaux de se recentrer. Si les peuples européens sont se retrouvent aussi ligotés et sous l’hégémonie des multinationales, alors notre désespoir ne peut qu’inquiéter. A quand l’insurrection des esprits libres ( de nouvelles théories et alternatives sont attendues).

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