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Qu’on le veuille ou non, tout tourne en politique autour du rapport des forces. Il en est la pierre angulaire. Nous avons évité jusqu’ici d’employer l’expression de « réalisme politique ». Son seul sens valable implique qu’un pays sache reconnaître et exploiter le rapport de forces véritables, par-delà les ruses, les propagandes, les idéologies et les prétentions. Cependant, il ne s’agit pas seulement de bien évaluer les forces des adversaires, mais de ne pas s’illusionner sur les siennes. Pour chaque collectivité politique ce rapport indique donc une limite à ne pas dépasser outrageusement, sous peine de mettre son existence en péril. Dans ces limites elle peut ruser, faire même une politique audacieuse, donner le change, à condition toutefois qu’elle ne se laisse pas prendre à son propre jeu et ne se leurre pas sur elle-même. Les réveils les plus désolants font suite aux beaux rêves. Il est normal qu’une puissance cherche à être toujours plus puissante, mais elle travaille contre elle-même lorsqu’elle nargue ses forces disponibles ou ne parvient pas à les accroître. Certes, rien n’est plus pénible pour un pays que de constater que le rapport de forces, qui jusqu’alors lui était favorable, s’établit brusquement à son détriment, parfois au lendemain d’une victoire glorieuse mais coûteuse. Cependant le pire des égarements est celui des nostalgies qui s’obstinent à nier les modifications qui sont intervenues et le déplacement de la puissance. Ils oublient que leur puissance reposait sur des forces qui n’avaient de sens que par rapport à d’autres. Si beaucoup de guerres naissent du mépris ou de la non-reconnaissance du rapport de forces, beaucoup de paix ont été instables pour les mêmes raisons.

Cette spécificité de la force nous aide à saisir mieux sa signification plus générale. Si importantes que soient les idées et les idéaux, ils ne sont jamais, du point de vue politique, que de la pure spéculation tant qu’ils ne rencontrent pas la force. Sans elle ils demeurent de pures utopies qui ont leur place dans l’histoire des idées politiques, mais non dans l’histoire tout court. À plusieurs reprises Platon a tenté de donner une validité concrète à l’utopie de la République, mais sans cesse la force le fuyait, sans doute parce qu’il la dédaignait, alors que seule elle était capable de faire descendre l’idée du ciel intelligible. Il n’a même pas réussi à être un réformateur. Être un homme politique signifie inévitablement se compromettre avec la force, l’utiliser comme moyen en vue d’accomplir une œuvre au service de la collectivité et un destin en ce qui concerne sa personne.

Julien Freund,

« Qu’est-ce que la politique ?« 

Déniché sur Du Haut Des Cimes.

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Conseil de lecture : 

livre_putsch

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

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