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À l’age de l’information, la diffusion du savoir est difficile à contrôler. Les médias ont donc opté pour la surabondance, qui consiste à noyer les cerveaux sous des tonnes d’informations inutiles, un parasitage massif permettant de dissimuler les faits dangereux tout en martelant les slogans de l’idéologie dominante, ce prêt à penser qui finit par s’imposer dans tous les esprits.

Comme une identité se compose de faits et de mythes, il a fallu submerger l’imaginaire individuel par des mythes publics incontournables. « L’exclusion » est un mythe sociologique. En s’imposant dans l’imaginaire collectif, ces mythes permettent de contrôler les passions et les désirs, par standardisation. Ils épargnent tout effort de pensée, et surtout toute déviance morale. L’art subventionné dérange toujours tout ce qu’il est possible de déranger, sauf l’idéologie dominante. On fait croire aux moutons que bêler, c’est déranger. Ils bêlent et ils y croient. Ils participent à la compétition morale.

La télévision impose une nouvelle hiérarchie statutaire pour laquelle il faut lutter en permanence. Ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Ceux qui sont en avance et ceux qui sont en retard. D’un coté ceux qui sont « dans le vent »,« tendance », ceux qui font « avancer les choses », les « progressistes », de l’autre, les « rétrogrades », les « passéistes » les « conservateurs », les « réactionnaires ». C’est vrai pour le dernier téléphone à la mode. Vous ne l’avez pas ? Il faut l’avoir. Tout le monde l’a. C’est aussi vrai pour l’information classique ou les productions culturelles : vous n’avez pas vu ce film ? Il faut voir ce film, tout le monde à vu ce film.

Le plaisir étant éphémère et le désir durable, les hommes sont davantage menés par le désir que par le plaisir. La télévision fait miroiter les désirs que notre société fabrique à l’infini. On ne parle plus de nourriture, de savoir, de technologie utile, on parle de gadgets, de petites histoires et de services. De vent. Le consommateur oublie que tout ça n’a que le sens que la télévision s’efforce de créer. Tout ce qu’il veut, c’est posséder les derniers gadgets et les derniers services, pourvu qu’il reste « dans le coup », c’est à dire en tête de troupeau. Bien entendu, céder massivement à la consommation apporte davantage de frustration que de plaisir. Un enfant qui obtient tout ce qu’il demande sera satisfait une journée, quelques minutes. Demandez aux anciens : à Noël, ils étaient plus heureux avec une bande dessinée que nos enfants ne le sont avec leurs tas de jouets sophistiqués et éphémères. Les plus âgés se souviennent de ces présents toute leur vie. Les enfants oublient leurs tas de jouets dans le mois. On le sait et pourtant on continue. On joue le jeu. Pour être dans le coup.

La satiété n’existe plus : le seuil de désir augmente, le seuil de satisfaction baisse. La télévision, dont beaucoup d’entre nous dépendent cliniquement, agit comme la drogue en court-circuitant nos facultés évolutives (stimulus-gratification) et en finissant par les détruire (Christakis).

L’habileté des communicants est de vendre des produits très accessibles (explosion du secteur tertiaire, grande distribution, vente en ligne …) et très éphémère (utilité illusoire, durée de vie de plus en plus faible). L’abondance devient un poison. Le plaisir est immédiat ; le désir, négligé, devient permanent. Imaginez : vous désirez une paire de chaussures. Vous l’achetez aussitôt. Vous vous êtes fait plaisir. Mais votre désir ? Il est toujours là, insatisfait. Donc vous allez encore vous acheter des chaussures. Et encore. Et encore. Les gens n’ont pas conscience de la voracité de l’engrenage dans lequel ils mettent leur portefeuille. Ce phénomène a été nommé« foot-in-the-door » par des chercheurs anglais (Freedman & Fraser). Quel rapport avec l’insécurité?

Une première action acceptée rend plus facile l’acceptation d’une seconde action, même si elle est plus coûteuse. Rappelez-vous de votre premier gros achat. C’était dur non? Depuis, vous avez dépensé beaucoup plus d’argent, de nombreuses fois, sans éprouver la moindre frilosité. Ce processus d’engagement nous coûte à chaque acceptation une part d’esprit critique.

La télévision nous demande d’ailleurs concrètement « d’accepter » un tas de choses : telle différence, telle exubérance, telle revendication, telle exigence, telle aberration, en repoussant sans cesse le seuil de leur énormité. Pour suivre le mouvement, les gens acceptent, avec de moins en moins de réticence. Les plus domestiqués, ceux qui ne savent que dire oui à tout (valorisés comme étant tolérants) ignorent jusqu’à la définition de l’esprit critique. Tout accepter est une fierté, proclame le bon progressiste en remontant son pantalon. La télévision vend le vivre-ensemble radieux comme elle fourgue des portables foireux. Regardez les gens retourner à leurs toilettes sèches, applaudir la construction d’éoliennes à l’entrée des villages, se faire transpirer les métaux lourds par un bain de pieds : on en fait ce qu’on en veut.

Plus sérieux encore, la télévision est devenue une fabrique de l’envie. Les gens doivent envier les possédants. Coïncidence, toute la stratégie de certains politiciens repose sur l’envie. « Faut faire payer les riches. » « Vous pourriez avoir ce qu’il a, vous pourriez réussir comme lui, vous mériteriez d’avoir son succès, vous en avez le droit », simple question de « justice sociale ». Comme nous sommes forcément « tous égaux », ceux qui réussissent mieux que nous sont forcément des tricheurs, des affameurs, des manipulateurs ayant « confisqué vos richesses » et vos droits à « l’égalité » … Aucune différence entre publicité et politique : le possédant, voilà l’enviable ennemi.

Contenir l’envie, la transformer en motivation productive, c’est le long travail de la civilisation. Aujourd’hui, nos adultes-enfants sont habitués à tout exiger et à tout avoir, sans délai. Ils exigent d’avoir ce qu’ont les autres, à défaut de voir les autres perdre ce qu’il possèdent. Avoir envie, ça devient exiger sans agir. Les gens font des caprices. Ils condamnent ceux qui agissent ou veulent agir. Les bons élèves sont persécutés par les envieux. Plus tard, certains étudiants organisent le blocus des lieux de formation, empêchent leurs camarades d’étudier. Encore plus tard, les grévistes empêchent leurs collègues de travailler, au nom de revendications qu’aucun humoriste n’aurait osé imaginé.

Tout cela légitime le vol, cette gratification non-méritée. Par la grâce de la télévision, le vol devient pour le prétendu « dépossédé » (ou « déshérité » ou « défavorisé ») la juste réappropriation d’un bien dont les possédants l’auraient spolié. Action anti-sociale par excellence, le vol est de nos jours largement excusé. Pour faire bonne mesure, les médias s’efforcent de culpabiliser ceux qui s’estiment possédants et chanceux, c’est à dire tout le monde. Tout le monde se sent donc obligé de satisfaire par le don (ou l’acceptation) les envieux d’en bas dont on s’estime tous redevable.

La télévision est une prise des consciences, comme il y a des prises de guerre. Suggestif, déductif, inductif, l’appareil remplace la vision du monde réel par un monde qui n’existe pas. Analogiquement, les gens raisonnent à partir de ce qu’ils observent. Ils observent bien plus la télévision que le monde extérieur. Ils finissent donc par penser le contenu de leur télévision, c’est-à-dire un tas de cas particuliers non significatifs. Quel est le meilleur moyen de déstructurer un ensemble ? Sur-représenter ses marges. La télévision se fait une spécialité de mettre en avant des marges choisies. La norme tout entière (les vrais gens) est éclipsée à leur profit. Les cas particuliers ne sont plus des exceptions confirmant les règles, ils deviennent des vérités générales infirmant toute règle.

À leurs débuts, les publicitaires ciblaient le public le plus large. Donc la norme. Aujourd’hui, c’est tout le contraire : les médias mettent en avant les minorités et les marges. La publicité ne cherche plus à cibler un consommateur. Elle cherche à le soumettre idéologiquement. Comme les gens pensent ce que diffusent télévision, ils finissent par croire que la norme est la marge. En mettant en avant des comportements toujours plus marginaux, en les imposants aux foules, la télévision anéantit esprit critique et seuil de tolérance, et prépare nos cerveaux à tout accepter sans réagir.

L’information est devenu une guerre d’inférences. Le téléspectateur est tellement habitué à décoder ce que les médias suggèrent que sa réaction devient parfaitement calibrée, pavlovienne. Un individu excentrique et insupportable : « il ne faut pas juger. » Reportage sur les délinquants : « faut pas stigmatiser ». Ne pas tout accepter mène à l’intolérance, donc à la haine, donc à Hitler. Le téléspectateur a peur d’Hitler. Il veut donc suivre le mouvement, rester au sein du troupeau poursuivi par le grand méchant Adolf, en faisant sienne la pensée réflexe que lui impose l’écran. « Faut pas juger », adieu esprit critique. « Faut pas généraliser », adieu intelligence. Vous pensez que le soleil va se lever demain ? Oui ? C’est scandaleux. Parce que vous voyez se lever tous les jours, vous en déduisez, par empirisme, qu’il se lèvera demain. Sans l’avis d’un sociologue. Vous généralisez. Vous êtes un monstre.

Le spectateur ingère quantité de slogans (il regarde la télévision 3h30 par jour en moyenne) qui saturent sur son réservoir mémoriel inconscient, et qui finissent par s’imposer à lui, par analogie, dans ses réflexions de tous les jours. Dans la rue, les gens deviennent des télévisions ambulantes, promptes à répéter tout leurs slogans. « Faut pas généraliser. C’est l’exclusion. Ils sont parqués dans les ghettos. » Vous parlez avec votre télévision ? Alors ne parlez pas avec ses avatars humains.

S’introduire dans la pensée de l’autre, la contrôler, l’aiguiller, l’infléchir, la heurter, la figer, tout cela représente le plus grand des pouvoirs, après celui d’ôter la vie. Les médias et un pouvoir que les individus n’auront jamais : celui de s’introduire dans la pensée des multitudes, de s’introduire chez le citoyen pour lui imposer un monologue quotidien de 3h30. Davantage que la messe, que la famille, que les amis, que les livres. La télévision est le cheval de Troie de la pensée unique, qui s’insinue dans vos vies privées. Il sait, il est partout. Vous ne vérifiez rien et vous n’allez nulle part. Tremblez, Troyens ! Vos connaissances, votre esprit critique et votre imaginaire n’ont aucune chance. Vous êtes mûr pour tout accepter et tout répéter : oui, la diversité est une richesse, oui votre Toyota est fantastique, oui Seb c’est bien. Pas d’amalgames. Faut pas généraliser. AMEN.

Extrait du chapitre 3, « La morale contre la réalité », pp. 226-231.

La France orange mécanique (Éditions RING),

Laurent Obertone

sep2

Voir aussi : 

livre_putsch

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

2 commentaires

  1. Killuminati : Toi ça se voit que toi c’est internet qui ta troublé. Tu croit encore à la théorie du complot sioniste; mais alors où sont les Rotschilds et autres pour le faire taire celui-là, ce dissident, cette ennemi de l’élite capitaliste qui contrôle le monde ?
    Sort de chez toi & regarde le ciel, ça te fera du bien, j’en suis persuadé !

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