hollande_0

François Hollande «cause» très mal depuis le début, mais le phénomène s’aggrave. Il nous rappelle le parallèle établi en1968 entre beau langage et bourgeoisie. Pour la gauche militante rappeler que les mots ont un sens et vouloir qu’ils aient le même pour tout le monde relève du fascisme. Ceux qui débutaient en littérature à l’époque où François Hollande entrait dans la carrière peuvent témoigner qu’au début des années 80 c’était déjà fait: la résistance à l’ordre établi passait par le dédain de la langue. Les livres en vogue portaient un blue-jean et leurs auteurs aussi. Cela ravissait les magazines qui blâmaient les romanciers en cravate mais demandaient aux autres de poser en double page avec un vieux pull. François Hollande n’aura retenu que la moitié de la leçon. Faute de pouvoir s’écarter de la bourgeoisie, il s’est écarté de son français .

La période semble propice à lui trouver tous les défauts, mais on est frappé, après cette enième conférence de presse, de voir le peu d’importance que l’on accorde à son langage . Son discours ne porte pas même un blue-jean, il est affublé d’ un jogging à bandes. Son rapport à la parole, sa maîtrise de la syntaxe, la précision de son vocabulaire, l’autorité de ses propos, la qualité de sa gouvernance, forment un tout, mais le seul problème est qu’il ne ressemble à rien.

Voici un florilège consigné à la volée sur un carnet de notes. La forme correcte est entre parenthèses comme dans la méthode Assimil.

«Médecins sans frontières remplit (accomplit) une tache remarquable/ je veux saluer ceux qui prennent des risques, pour que nous n’en ayons pas, de risque (pour nous les épargner)/je pourrais évoquer le Nigéria eh bien la France sur tous ces sujets elle est à l’initiative (sur tous ces sujets la France a l’ initiative)/cette politique, elle coûte à la croissance (compromet la croissance) / après un demi siècle de construction de l’Europe, nous rentrons (entrons) dans un processus de déconstruction/ tous les scrutins qui se sont produits (exprimés)/ils nous ont rappelé de faire des réformes et nous en avons faites (fait)/mais en même temps d’adapter la trajectoire (courbe) de nos déficits/j’aurais dû dire, au risque d’apparaître me défaussant (de paraître me défausser)/ Il faut qu’on leur permettre d’avoir l’accession (d’accéder) à un logement/pour avoir ces emplois qui soient préparés (pour préparer ces emplois) dès l’école/des départements qui pourront être selon les populations et les territoires (qui pourront prendre en compte)/il y a une autre politique, finalement, de dire (qui consiste à dire) «laissons filer le déficit»/ ce qui nous rend dans l’espérance (ce qui nous remplit d’espoir)/ je n’ai pas d’autre enjeu, d’autre ambition, de lui assurer sa sécurité (que de lui) etc.

Pour finir, une phrase prise en sténo dans le discours liminaire, (lequel était consigné par écrit, rappelons-le et le présentateur de France 2 nous l’a ingénument rappelé en ces termes: «il a sollicité tous ces conseillers pour écrire ce discours lui-même): «Je veux que la haute autorité celle qui est chargée justement, celle qui nous a révélé, si elle va rendre des rapports et s’il y a des situations, elles seront dénoncées». Encore bravo pour la plume.

Qu’on ne nous dise pas que les mots n’ont aucune importance ou alors dans un seul cas: quand on choisit principalement de se taire parce qu’on n’est pas doué pour manier la langue. Mais François Hollande a choisi de parler. C’est un choix comme un autre mais il faut l’assumer, par un verbe haut et précis, or il dévalue sa parole en la prodiguant dans le registre grammatical assez étroit cité plus haut et de surcroît sur un ton dix fois trop personnel. C’est à dire qu’il parvient à joindre, à la médiocrité de son langage, à sa mollesse syntaxique, un emploi systématique du «je», j’ai décidé, j’ai rencontré, je le dis, je me souviens des paroles que j’avais prononcées, ce matin je les ai réunis». Première personne volontaire , omniprésente, qui se retranche toutefois derrière la France ou le Gouvernement dès qu’il s’agit de recueillir les fruits de son action, fruits qu’on ne connaît pas encore et là on n’est jamais trop prudent. C’est à dire que, conformément à une politique assez commune dans les grands groupes, il personnalise les actions qu’il voudrait gagnantes, mais mutualise ses pertes à titre préventif.

Michel Audiard aurait résumé la chose en disant que c’est un discours de futur planqué mais Audiard exagérait toujours.

Christian Combaz,

pour LeFigaro.fr

sep2

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

un commentaire

  1. Bonjour. Heuuu oui c’est vrai, il nous faudrait créer un dictionnaire bobo / français. Cela nous éviterait les erreurs d’interprétation. Voici donc mon humble contribution à cette oeuvre d’encyclopédiste. C’est une émission de la « zone libre » en traduction simultanée bobo / français. Vous y trouverez beaucoup d’exemples d’usage des tournures idiomatiques de langue « bobocodée »:

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s