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La Bataille de Poitiers vue par le peintre Charles Steuben.

Risquons-nous un instant au truisme : notre histoire nationale est pavée d’évènements marquant les imaginations et les représentations collectives, parfois des siècles après qu’ils aient eu lieux. Les exemples ne manquent pas : Alésia, le baptême de Clovis, Saint Louis rendant la justice sous son chêne, Marignan, Austerlitz, la Marne et j’en passe. Ces évènements, sans l’intention de leur retirer leur importance, sont fréquemment entourés d’une aura mythique, voilant au contemporain sa réalité historique ainsi que sa portée concrète. Ce flou, ce brouillard quasi-mythologique, est propice aux récupérations idéologico-politiques de tous bords. Ainsi, a-t-on vite fait de tomber dans le piège de la mystification historique incapacitante.

Le cas de la Bataille de Poitiers – 25 Octobre 732 – est en cela représentatif. Cet évènement a, en effet, été utilisé sur toutes les gammes par différents régimes, partis, ou mouvements politiques –nous aurons l’occasion de le constater-. La question est compliquée par le fait que cet évènement a suscité et suscite toujours des mémoires divergentes. De nos jours, il est vrai que peu s’en souviennent et beaucoup n’en n’ont qu’un souvenir vague datant de l’enseignement primaire ou secondaire. Pour ceux qui en ont conservé le souvenir, il renvoie soit à un évènement militaire au cours duquel a triomphé une infanterie compacte de piquiers face à des hordes de cavaliers, soit à un moment clef de l’histoire de France, marquant l’arrêt de la progression musulmane en Europe. La teneur hautement idéologique du souvenir de cet épisode n’est pas un mystère pour nombre d’entre eux. Aujourd’hui, la tendance étant au choc des civilisations, la bataille de Poitiers, opposant dans l’imagination de certains, l’Occident chrétien au monde arabo-musulman semble s’imbriquer dans une vision manichéenne, binaire et simpliste de l’Histoire de France (et de la chrétienté dans ses rapports avec le monde islamique). L’occupation du chantier de la Grande mosquée de Poitiers du 25 Octobre 2012 par les identitaires (1) en souvenir de la bataille ayant eu lieu aux abords de cette même ville il y a près de 1300 ans, illustre bien la prégnance de cette vision binaire des évènements.

En revanche, si l’on replace sérieusement cet évènement dans son contexte historique, il apparait clairement que cette grille de lecture est d’une part malhonnête, d’autre part naïve, notamment dans la mesure où les dernières analyses historiques tendent à ranger cette bataille parmi les évènements militaires secondaires (2).

Avant tout connaitre les sources

Pour commencer, rappelons que le socle de la narration historique est constitué par les sources, seul lien effectif et concret entre le passé et le présent. Afin de comprendre les évènements, il est donc nécessaire de savoir qui parle, quand, et ce que nous pouvons déduire sur l’orientation du discours à partir de ces renseignements. Pour commencer, remarquons que c’est du côté des auteurs latins des VIIIe et IXe siècles que les sources sont les plus nombreuses et les plus détaillées. Dès le VIIIe siècle la bataille est rapportée, et considérée comme importante. Les historiens disposent des récits de Bède le Vénérable en 735, de la Chronique de Moissac ainsi que des Annales de Metz où l’on peut lire que « Charles combattit les Sarrasins un samedi du mois d’octobre ».

Cependant, le seul récit détaillé de cette bataille se trouve dans une chronique mozarabe, du milieu du VIIIe siècle, dans lequel l’auteur, chrétien anonyme de Cordoue (ou « anonyme de Cordoue »), relate la bataille et donne pour cause de la défaite omeyyade des dissensions internes. Le récit de la bataille de Poitiers se situe entre celui de la bataille de Toulouse (721) et celui de la bataille de la Berre (737).

Quelques chroniques arabes mentionnent l’évènement, la principale étant celle d’Abd Al-Ḥakam (861), et les batailles de Toulouse, de Poitiers et de la Berre apparaissent bien comme des défaites chez les chroniqueurs d’Al-ʾAndalus. Les allusions arabes à la bataille de Poitiers sont très sèches et précisent simplement que ʿAbd Ar-Raḥmān et ses compagnons « ont connu le martyre ».

Nous voyons donc que les sources contemporaines ou proches de l’évènement, si elles sont relativement nombreuses, sont de part et d’autre des mentions assez courtes. Il n’y a que l’anonyme de Cordoue qui en fasse un récit détaillé (on peut aisément en deviner la raison, chrétien en territoire récemment conquis par des musulmans, la bataille de Poitiers a pu apparaître pour lui comme un possible point de départ d’une reconquête). Cela semble montrer que Poitiers, si elle a été traitée de manières différentes selon les deux camps (quoi de plus logique ?) l’a presque toujours été de manière lapidaire ce qui tendrait à montrer qu’elle n’a été qu’une opération mineure magnifiée de manière postérieure, nous aurons l’occasion de le vérifier.

Comprendre le contexte

La bataille de Poitiers ne peut se comprendre que remis dans son contexte géopolitique, au centre duquel figure l’irruption de l’Islam dans la péninsule ibérique, et plus largement l’expansion de l’Islam en Méditerranée et en Asie depuis la mort de Mahomet (632). En effet, en 711 (79 ans après la mort de Mahomet), les armées arabes – majoritairement composées dans ce cas précis par des berbères islamisés- menées par le général Tariq Ibn Ziad, envahissent la péninsule ibérique et s’emparent de l’essentiel des territoires tenus autrefois par les Wisigoths chrétiens. Par conséquent, occupent-ils aussi la Septimanie (autrement dit le Languedoc méditerranéen et le Roussillon qui donc n’appartenaient pas au royaume des francs d’où son nom de Gothie) et franchissent donc les Pyrénées. Narbonne est occupée en 719, Toulouse en 721, Carcassonne et Nîmes en 725. Ils en profitent pour lancer des raids dans la vallée du Rhône, et remonte jusqu’à Autun qu’ils saccagent. Mais le duc d’Aquitaine, Eudes finit par les déloger de Toulouse (721), en éliminant au passage le « Wali » -gouverneur de l’Espagne.

 

La Septimanie wisigothique.
La Septimanie wisigothique.

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Notons dès à présent que depuis la fin du VIIe siècle, la monarchie mérovingienne (qui sous Clovis et ses descendants immédiats dominait un territoire compris entre la rive Est du Rhin et la Septimanie à l’exception de la Bretagne) subit une crise grave. Le pouvoir du roi s’affaiblissait au profit des « maires du palais » (3) et au détriment de l’unité du Regnum francorum divisé en 3 principautés rivales : La Burgondie, la Neustrie, et l’Austrasie, d’autant plus que l’Aquitaine ainsi que d’autres principautés s’en sont détachées et ont repris leur indépendance. Ainsi, Eudes, règne sur une principauté indépendante de l’autorité des rois francs, et de leurs maires du palais.

Ce dernier, à l’issu de sa victoire sur les Arabes, voit son aura politique atteindre des sommets (surtout à Rome). Malheureusement pour lui, son voisin, le royaume des francs cherche depuis sa fondation à subjuguer l’Aquitaine (4) sous l’impulsion de son maître du moment, l’ancêtre de Charlemagne : Charles qui prendra le surnom de « Martel ». Intéressons- rapidement à ce personnage atypique.

Qui est Charles Martel ?

Charles (né vers 688) est le fils de Pépin d’Herstal, membre d’une des plus puissantes et influentes familles franques du Regnum Francorum, et ce, depuis le VIIe siècle. Il apparaît sur la scène publique au lendemain de la mort de son père (déc. 714), qui déclencha des troubles violents dans le royaume franc : Neustriens et Aquitains alliés aux Frisons et aux Saxons tentèrent d’abattre la puissance austrasienne, alors sous le contrôle de sa famille. Au bout de six ans, Charles Martel parvint à défaire ses adversaires et à s’imposer avec les titres de maire du palais, duc et prince des Francs, aux côtés du roi mérovingien Thierry IV (roi fantoche comme tous ses prédécesseurs depuis la mort de Dagobert Ier (5)). Il s’est appliqué dès lors à la reconquête du royaume où l’autorité franque ne subsistait guère qu’en Neustrie et en Austrasie. En Germanie, il réussit à ressaisir la Thuringe et l’Alémanie, à rétablir la suprématie franque sur la Bavière et reconquérir en partie la Frise ; il accorda en même temps son appui aux missionnaires qui achevaient l’évangélisation de la Germanie centrale et méridionale et y implantaient l’Église (notamment l’Anglo-Saxon Boniface). Dans le Sud-Est, il reconquit non sans peine la Bourgogne et la Provence. Son pouvoir s’était entre-temps tellement affermi qu’il ne remplaça pas le roi Thierry IV, mort en 737, et qu’il disposa souverainement du royaume en le partageant, avant de mourir, entre ses deux fils Carloman et Pépin dit le Bref. En Gaule, l’invasion de l’Aquitaine par les Arabes, l’appel au secours qu’il reçut du duc Eudes vont lui donner un prétexte légitime pour franchir la Loire.

La bataille

Maintenant que nous cernons un peu mieux l’un des principaux protagonistes de cette bataille, reprenons le court des évènements où nous l’avions laissé. Eudes, ayant vaincu les arabes à Toulouse, jouit d’une aura importante. Pourtant la menace pesant sur sa principauté n’était pas définitivement écartée (en 725 : les villes de Carcassonne et de Narbonne sont prises). Ainsi en 730, Eudes, toujours pour se défendre face aux arabes d’Espagne, s’allie avec le chef berbère musulman Mununza alors en révolte contre le Wali d’Espagne (cette alliance est scellée par le mariage de Mununza avec la fille d’Eudes). Ici, les considérations politiques, diplomatiques -la raison d’Etat en somme- pèsent visiblement plus lourd dans cette histoire que les questions religieuses. Charles saute sur l’occasion pour présenter Eudes comme un traître qui se commet avec les « infidèles » et saisit se prétexte pour lancer des raids de pillages au sud de la Loire (rapportant un important butin). Nous sommes loin de la figure héroïque libératrice. Il semble qu’ici encore ce soit les considérations politiques internes qui priment sur le souci du destin de la chrétienté. En effet, s’il était venu en aide à Eudes contre les « infidèles » dès ce moment, ce dernier n’aurait pas eu besoin de s’allier avec un des leurs, mais inutile de se perdre en téléologie.

Toujours est-il qu’en 732, quand Eudes dû faire face à un nouveau raid sarrasin (venu d’Espagne, donc sans doute constitué du moins en partie de Wisigoths convertis et de Berbères) Mununza étant mort au combat, Eudes n’avait plus le choix, que de se tourner vers Charles et se résolut à demander l’aide des Francs malgré les récents évènements. Charles ne se fit pas prier et sauta sur l’occasion d’étendre son influence dans l’opulent Sud-Ouest.

Ceux que nous appellerons « Arabes » par commodité (la réalité ethnique des troupes étant sans doute plus complexe ethnico-religieusement parlant nous venons de l’évoquer) traversent les Pyrénées, viennent à bout des Basques, et se lancent dans le Sud-Ouest de la Gaule. Le but de leur général, Abd-al-rahman, nouveau wali d’Espagne, était de piller le sanctuaire Saint-Martin de Tours (6). Là encore nous sommes loin de la légende, il ne s’agit pas d’une opération de prosélytisme religieux ou de conquête, mais de basses opérations de pillages (7). Ses troupes écrasent Eudes à Bordeaux dont ils pillent les faubourgs puis, se dirigent vers Poitiers dont ils pillent l’abbaye de Saint-Hilaire, et le 25 Octobre 732 les deux armées se font finalement face.

Charles Martel et Eudes (on estime que les francs et aquitains auraient été au total 30 000) rencontrent les arabes sur la route de Tours à Moussais, sur la commune de l’actuelle Vouneuil-sur-Vienne, entre Poitiers et Tours. Pendant six jours, les cavaliers musulmans et les fantassins chrétiens s’observent et se livrent à quelques escarmouches. Le 25 octobre 732, qui est aussi le premier jour du mois de Ramadan, les musulmans se décident à engager la bataille. Mais leur cavalerie légère et désordonnée se heurte au «mur infranchissable» que forment les guerriers francs, à pied mais disciplinés et bardés de fer. Abd er-Rahman meurt au combat (rejoignant la liste des martyres de l’Islam) et la nuit suivante, découragés, ses hommes plient bagage et se retirent.

Et après ? Un peu d’historiographie

Nous pouvons finalement constater que cette bataille n’est pas le coup d’arrêt porté par l’Occident chrétien à l’expansion musulmane (8), puisqu’elle ne fait que mettre un terme à une opération de razzia lucrative (les musulmans ne l’avaient visiblement pas conçu autrement).

De même faut-il souligner qu’affirmer que Charles Martel a « libéré » le territoire des Musulmans serait faux (ce n’était pas son territoire mais une zone qu’il voulait intégrer à sa sphère d’influence). Il appartiendra à son fils, le roi Pépin le Bref, de conquérir Narbonne et de chasser définitivement les musulmans de Septimanie en 759, trois ou quatre décennies après leur arrivée. D’ailleurs Charles ne s’en tient pas à cette victoire somme toute facile. Il saccage consciencieusement les villes de Septimanie. C’est peut-être à cette occasion que le chef des Francs, père de Pépin le Bref et grand-père de Charlemagne, aurait gagné le surnom de Charles Martel («celui qui frappe comme [ou avec] un marteau»).

Posons-nous dans le même temps la question suivante : Quel a été l’écho de la Bataille, que ce soit dans l’immédiat ou dans les siècles qui ont suivi ?

Simple coup d’arrêt à une razzia, l’affrontement n’est pas moins évoqué par les chroniqueurs de l’époque, tant chrétiens que musulmans (nous l’avons évoqué plus haut).

Dans le monde franc sa postérité fut importante notamment sous les descendants de Charles Martel, la dynastie carolingienne. Celle-ci, pour asseoir son pouvoir sur des bases solides, légitimes, a pu compter sur ses chroniqueurs, toujours dévoués, qui ont pris soin de magnifier cet évènement (9) comme ils vont déprécier la dynastie précédente (10). Ainsi ont-ils fait de Poitiers le choc fondateur qui aurait sauvé l’Occident chrétien contre les envahisseurs infidèles, plaçant de facto les empereurs carolingiens en maître légitimes de la chrétienté et en protecteur de l’Eglise.

Côté musulman, l’évènement ne suscite pas grand intérêt –évidemment, personne n’aime les défaites. Cependant, les défaites qui marquent sont en générale consignées, or peu de sources arabes semblent garder souvenir de celle-ci. Cela semble indiquer que Poitiers a été en son temps considéré comme un fait militaire mineur, qui fut mise en exergue par la suite, dès l’époque carolingienne. Il ne faut pas pour autant en déduire qu’elle n’a pas eu lieu comme certains l’ont fait.

Au XIXe siècle, la bataille de Poitiers fut magnifiée pour soutenir la politique coloniale de Louis-Philippe en Algérie, l’épisode illustrant le rôle traditionnel de la France comme défenseur de la civilisation chrétienne (11), mais confortant également son rôle civilisateur (par opposition à l’Islam, représentant la barbarie). Le tableau de Charles de Steuben, La Bataille Poitiers, de 1837 illustre cette « propagande ».

Il est à noter que la IIIe République n’a pas hésité à faire rentrer Poitiers dans ses propres mécanismes de légitimation de ses projets coloniaux. Les livres d’histoires ne manqueront pas de servir cette vision biaisée de l’Histoire de France.

Il apparait donc plusieurs faits :

  • Les « Arabes » suivaient en Gaule une logique de Razzia, et non de conquête (la composition des troupes, essentiellement des cavaliers légers, tend selon nous à le confirmer).
  • Comme l’a souligné l’historien, Michel Rouche, le grand perdant de l’affaire n’est pas l’Emir, mais Eudes d’Aquitaine. En réalité, Charles Martel a combattu les Arabes de la même manière qu’il a combattu les neustriens, ou les francs du sud de l’Allemagne. La seule chose qui comptait pour lui était de reconstituer un royaume et la razzia d’Abd-Ar Rahman est tombée à point nommé et lui a permis de l’étendre. Nous soulignerons au passage qu’au VIIIe siècle, la France à proprement parler est en gestation, et n’existe pas encore en tant que nation. Appliquer une conscience ou une dimension nationale aux évènements de cette époque est un anachronisme, par lequel on applique à nos ancêtres nos valeurs et nos grilles de lectures du monde.
  • Dans cette histoire, le fait politique ou géopolitique parait plus déterminant que le fait religieux ou civilisationnel. On n’hésite pas à passer des alliances entre chrétiens et musulmans si cela sert les intérêts politiques et géopolitiques immédiats tout comme on n’hésite pas à piller des terres chrétiennes alors que l’on est soi-même un prince chrétien.

Dernières précisions :

Le Samedi 11 Octobre dernier, nous avons eu le privilège d’assister, lors du week-end de rentrée de la section bordelaise de l’Action Française Etudiante, à une conférence de Camel Bechikh, président de Fils de France (12). Ce dernier affirmait que l’avènement d’une France Unie, nécessitait de renouer avec nos racines catholiques, dont les fondements permettraient de pratiquer avec les minorités religieuses –à condition qu’elles restent des minorités- un véritable « partage d’identité », assurant une certaine paix socio-culturelle et confessionnelle. Interrogé sur l’enseignement de l’Histoire des rapports entre les mondes chrétiens et musulmans, il a réaffirmé la nécessité d’une lecture de l’Histoire rationnelle équilibrée, ni angélique, ni pessimiste (lectures qui seraient, dans les deux cas binaires). C’est précisément cette voie que nous avons tenté de suivre dans le présent article. Ce que nous avons tenté de montrer à travers l’étude du cas du 25 Octobre 732, c’est que l’Histoire, pour être comprise sérieusement, et servir concrètement d’outils d’analyse du réel, mais aussi de liant social, ne doit pas être regardée de manière manichéenne, autrement dit comme un combat permanent du bien contre le mal, de la civilisation contre la barbarie, mais comme le théâtre de rapports de force entre différents acteurs plus ou moins puissants, entre sphères d’influences politiques, culturelles etc… (13) De même notre objectif n’est pas de juger les acteurs du passé, qui agissaient dans leurs propres paradigmes qui ne sont pas (ou plus) les nôtres. Charles Martel doit être regardé pour ce qu’il est : un grand chef, et un politique de génie, mais pas comme un défenseur de l’Occident, de la France. Nous ne cherchions pas non plus à nier l’impact de l’évènement, mais à le remettre à sa juste place. L’Histoire de France est suffisamment riche pour que nous n’ayons pas besoin de décorer, d’amplifier ou d’atténuer certains épisodes, les acteurs de notre histoire et leurs actes peuvent dans certains cas confiner à l’héroïsme sans que nous en faisions des personnages de romans, leur héroïsme n’est que plus éclatant quand replacé dans la réalité concrète de leur temps.

Liberté est laissée à chacun de réfléchir et de se pencher sur notre Histoire (14), de savoir faire la part des choses, de repérer les pièges et de les éviter si possible. Ce travail est avant tout un travail de révision historique de ce que l’on nous a appris, de ce que l’on nous montre dans les médias mainstream, ces derniers pouvant tantôt sublimer, magnifier, entourer de sacré certains personnages ou épisodes, tantôt passer sous silence ou ignorer certains passages pourtant essentiels et infiniment significatifs symboliquement, selon les besoins du moment. La vigilance, en Histoire plus que dans tout autre domaine, doit être de mise.

Que faire alors de la mémoire de cet élément dans notre combat politique ? Le symbolisme de cet évènement semble trop important pour être négligé. Cependant il s’agirait de trouver un usage constructif à ce mythe qu’est devenu Poitiers sans pour autant valider la stratégie du choc des civilisations. Nous qui opposons à la subversion matérialiste le Front de la Foi, nous devons être capables de faire preuve de discernement, d’équilibre dans notre rapport à ce genre d’évènements. Les arabo-musulmans de 732 ne sont pas les immigrés ou descendants d’immigrés africains et musulmans de 2014. Faire constamment référence à 732, c’est placer des victimes de la sauvagerie libérale mondialisée comme des envahisseurs envers d’autres victimes du même mal. Seul le mondialisme peut sortir vainqueur de cette confrontation virtuelle empêchant toute action commune. Militer pour la remigration passe par reconnaître à l’immigration un caractère non calculé, non planifié par les populations (15). Militer pour le retour aux valeurs chrétiennes catholiques de la France passe par une alliance sincère avec l’Islam bien compris, sur ce qui unie nos deux religions, sans pour autant accepter la progression ostentatoire –nous entendons par là artificielle, superficielle, jusqu’au caricatural- de l’Islam, qui doit rester, en France, une religion minoritaire.

Nous ne prétendions pas ici régler la question de la présence de l’Islam en France. Cette présence pose indubitablement une question que notre génération devra solutionner. Nous affirmons en revanche la nécessité de dépasser les lectures simplistes de notre histoire. Que l’histoire nourrisse le patriotisme, et la construction identitaire, cela est, nous l’affirmons, plus que légitime. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est de se contenter de réduire cette histoire à une défense ontologique et éternelle du « nous » contre « eux ». La résistance identitaire à la centrifugeuse mondialiste est une nécessité impérieuse, pratiquer cette résistance intelligemment, exclure les mythes incapacitants, sont des obligations si nous voulons prétendre réussir dans cette entreprise.


Notes

1. Dont nous tenons à préciser que nous respectons le combat. Nous nous permettrons simplement de souligner qu’à notre avis ils se trompent de cible dans leur focalisation sur la question islamique.

2. Ce qui n’enlève rien à l’importance relative de l’évènement, à son importance dans la construction de l’identité française, et à son écho.

3. On pourrait dire les « numéros deux » du pouvoir, Charles Martel nous allons le voir s’inscrit dans ce processus.

4. Ce qui avait été un temps le cas avant que les monarques mérovingiens ne perdent leurs pouvoirs au profit des maires du palais

5. Dagobert Ier (629-639) qui contrairement à sa réputation fut un roi fort, au règne structurant.

6. Qui était le centre d’un pèlerinage essentiel depuis la fin de l’Antiquité en Gaule, Saint Martin étant l’une des principales figures évangélisatrices de cette dernière, et qui, par conséquent, regorgeait de toutes les offrandes faites par les pèlerins, un butin considérable en perspective.

7. Pratiques que les arabes partagent avec les francs –nous l’avons vu-, et sans doute aussi la quasi-totalité des peuples de la terre du moins à l’époque.

8. Expansion musulmane qui avait, selon Stéphane Lebecq et d’autres spécialistes, commencé à s’essouffler en Espagne, d’autant plus qu’à la faveur de la négligence des musulmans occupés en Gaule s’était peu à peu constitué dans le Nord-Ouest de la péninsule le Royaume chrétiens des Asturies point de départ de la Reconquista.

9. Songeons à ce qu’ils feront de la chanson de Roland.

10. C’est ainsi qu’on a longtemps vu les mérovingiens tardifs comme les « rois fainéants ».

11. Ce qui justifiait l’entreprise coloniale de Louis-Philippe (entamée sous Charles X en 1830) était la lutte contre les pirates barbaresques musulmans.

12. Nous encourageons le lecteur à visiter le site de cette association : www.filsdefrance.fr

13. Même si l’Histoire ne se réduit évidemment pas à des rapports de force.

14. Il s’agit même pour nous d’un devoir.

15. Elle l’est bien évidemment par le Capital apatride.


Charles Horace,

pour la Dissidence Française

sep2

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

(2 commentaires)

  1. Les premiers à parler de 732 sont des Maghrébins eux mêmes, rappeurs etc.. qui répètent toujours le même truc d’ailleurs :  » maintenant les arabes ont dépassés Poitiers »
    On nous explique en gros que l’expansion musulmane a finie par gagner, c’est donc bien vu comme une « invasion » et une façon de narguer les indigènes.
    Cet article déconstructionniste ne parle pas de l’importance des stéréotypes et des mythes entretenant la cohésion d’un groupe.

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