aigle couv revolution conservatrice ?

Le schéma d’un empire, au sens vrai, organique, (à distinguer soigneusement de l’impérialisme qui […] n’est qu’une fâcheuse exaspération du nationalisme) est celui qu’on vit à l’œuvre, par exemple, dans écoumène européen médiéval. Il concilie unité et multiplicité. Les États y ont le caractère d’unités organiques partielles, gravitant autour d’unum quod non est pars (pour reprendre l’expression de Dante), c’est-à-dire d’un principe d’unité, d’autorité et de souveraineté supérieur à celui que chaque État particulier peut revendiquer. Mais le principe de l’Empire ne peut prétendre à pareille dignité que s’il transcende la sphère politique au sens étroit, en ce qu’il se fonde sur une idée, une tradition, un pouvoir spirituel dont procède sa légitimité. Les limitations de souveraineté des communautés nationales par rapport au « droit éminent » de l’Empire ont pour condition univoque cette dignité transcendante. La structure de l’Empire serait celle d’un « organisme composé d’organismes » ou, si l’on préfère, celle d’un fédéralisme, mais organique et non acéphale, un peu comme celui que réalisa Bismarck dans le deuxième Reich. Tels sont les traits essentiels de l’Empire au sens vrai.

L’Empire ne signifie pas la dissolution des nations dans une nation unique, en une espèce de substance sociale européenne homogène, mais au contraire l’intégration organique de chaque nation. Une unité authentique, organique et non confuse ne se réalise pas à la base, mais au sommet.

On ne peut absolument pas appliquer le terme de nation à un type organique supra-national d’unité. En rejetant la formule d’une « Europe des patries » et d’une simple fédérations des nations européennes, on ne doit pas tomber dans une équivoque […]. Le concept de patrie et de nation (ou ethnie) appartiennent à un plan essentiellement naturaliste, « physique ». Dans une Europe unitaire, patrie et nations peuvent subsister […]. Ce qui devrait être exclu, c’est le nationalisme (avec son prolongement tératologique, l’impérialisme) et le chauvinisme, c’est-à-dire l’absolution fanatique d’une communauté particulière. Empire, donc, et non « Europe Nation » ou « Patrie européenne » serait, doctrinalement, le terme juste. Il faudrait faire appel, chez les Européens, à un sentiment « national » car il s’enracine en d’autres replis de l’être. On ne peut se dire « Européen » comme on se sent Français, Prussien, Basque, Finlandais, Écossais, Hongrois, etc., ni penser qu’un sentiment unique de cette nature puisse naître qui annule et nivelle les différences et se substitue à elles, dans une « nation Europe ».

Julius Evola

Extraits de Les hommes au milieu des ruines (1953)

et Essais politiques (1930/58).

sep2

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

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