gut1888

Un autre pseudo-fascisme, assez apparenté au franquisme, n’a pas peu contribué à favoriser les confusions, c’est celui du régime de Vichy. C’était par définition, un régime de gérance, qui avait le droit de s’excuser, en outre, sur les circonstances, d’être contraint de restreindre les libertés. Maintenant que les passions commencent à s’apaiser, on convient que cette gérance fut courageuse et utile : mais ce que les adversaires du régime de Vichy persistent à lui reprocher, c’est précisément de n’avoir pas été une simple gérance et d’avoir prétendu incarner une morale et un style de vie.

Il est vrai que l’Etat Français ne fut pas une simple gérance. Mais la devise de Vichy n’en fait pas pour autant un des hauts-lieux du fascisme. Combattre la démagogie, la facilité, l’esprit de jouissance n’est que la partie négative du fascisme, celle qui est commune au fascisme et à d’autres doctrines qui ont analysé correctement l’esprit démocratique et qui en souhaitent la disparition. On n’est pas fasciste par le seul fait qu’on réclame la disparition de la comédie parlementaire. J’approuve aussi ces vertus que le régime de Vichy recommandait, l’épargne, le travail, la patience, vertus paysannes, vertus sérieuses. Et elles ne valent pas seulement par le sérieux qu’elles mettent dans la vie nationale, mais encore par ce qu’elles repoussent et excluent : le clinquant, la publicité, la vanité tapageuse, la spéculation, enflure et parade du monde moderne, qui déguisent mal la prostitution et le dessein de vivre du travail d’autrui. Ces vertus robustes sont le fond de la tapisserie antidémocratique. Elles font partie du fascisme comme le refus du marchandage parlementaire et de toutes les autres formes de la bassesse et de la tricherie. Mais elles ne sont pas davantage le propre du fascisme. Ce sont, en réalité, les vertus même du nationalisme. Et toute doctrine fondée sur le respect et le refus de l’hypocrisie moderne peut aussi les revendiquer. On n’est pas fasciste par le seul fait qu’on aime l’honnêteté.

Le patriotisme même du régime de Vichy, par ce qu’il avait de sentimentale et de « déroulèdien » ne me satisfait pas davantage. Il était touchant dans une nation blessée, mais en retard d’une guerre et d’un siècle. Nos patries ont malheureusement des préoccupations plus tragiques que celles que symbolisent les coiffes en papillon des jeunes alsaciennes. L’intégrité du territoire ne représente plus de nos jours que l’apparence de l’indépendance nationale. C’est par les forces qui se sont installées sur notre propre sol que notre vie et notre liberté sont menacées, par les forces invisibles du capitalisme international ou par les bataillons invisibles de la guerre subversive. Et le fascisme consiste même essentiellement à sentir et à vivre ce double combat.

Or, ce radicalisme fut tout à fait étranger à l’esprit de l’Etat Français. La première proclamation de tout socialisme national, c’est qu’il n’est point de privilège, point de puissance, point de propriété même qu’on ne puisse opposer à la nation. Les bonnes paroles ne suffisent pas en cette affaire. Il faut un arbitraire parfois brutal pour imposer les droits de la nation et les nécessités de la justice sociale. Sur ce point capital, on peut dire que par ces méthodes, par ses hommes, par ses tendances, le régime de Vichy fut à l’opposé de ce que nous appelons le fascisme. Ce fut une des raisons principales de ses démêlés avec la presse de Paris. A ceux qui souhaitent réellement une révolution nationale établie sur les principes du fascisme, le régime de l’Etat Français donnait l’impression de les ramener à la république autoritaire du maréchal Mac-Mahon. […].

La devise même de l’Etat Français, si sage, si patriarcale, si rassurante, je ne peux pas m’empêcher d’y voir une sorte de tranquillisant d’une nature un peu suspecte. Travail, Famille, Patrie, on ne m’enlèvera pas l’idée que c’est une devise pour la Suisse. Avec tout ce que comporte la Suisse, ses vertus et aussi son hypocrisie, ses pâturages et ses pasteurs, et aussi ses beaux buildings de ses banques discrètes. […]. Cette devise de l’Etat Français, elle a le malheur de rejoindre par des voies et des expression détournées, l’habituel dessein d’émasculation du monde moderne. Travail : soumission aux riches. Famille : soumission à la morale. Patrie : soumission au gendarme. Il n’est question que d’obéir la dedans. Je ne me sens pas si obéissant.

Maurice Bardèche,

Extrait de Qu’est-ce que le fascisme ?, 1970, p. 74-78.

sep2

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

un commentaire

  1. Wow. Il me semble Impossible d’écrire de la sorte de nos jours.
    Si du rap.
    Du rap cela peut être écrit de nos jours.
    Mais un texte comme celui-là…
    Non je ne crois pas que cela soit possible de nos jours. A mon humble avis.

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