Portrait_de_Francois_Ier

Le Roi François Ier (né à Cognac en 1494, mort à Rambouillet en 1547, roi de France de 1515 à 1547) est un personnage incontournable de notre histoire nationale. Il est en effet associé à la Renaissance, période retenue par beaucoup comme brillante. C’est justement sous cet angle que nous souhaitons l’aborder ici, en ce mois de Janvier, qui vit il y a maintenant cinq siècles les premiers pas de cet homme en tant que roi de France. En effet, la Renaissance, contrairement aux idées reçues, ne doit pas être considérée avec tout l’enthousiasme avec lequel l’historiographie progressiste a l’habitude de l’appréhender. C’est par ailleurs les contemporains mêmes de cette période qui ont produit un discours valorisant sur leur propre siècle. Nous leur devons également l’image d’un « obscur » Moyen Âge, en dépit de toutes les grandeurs de cet âge qui dura dix siècles, et fut à bien des égards un prolongement de la tradition européenne, portant l’héritage antique dont les hommes de la Renaissance se sont a posteriori arrogé la redécouverte. La Renaissance est aussi considérée comme les premiers jours de la Modernité (les historiens parlent d’ailleurs d’ « époque moderne » pour qualifier la période liant le Moyen Âge et l’époque contemporaine).

Or, en histoire, pour peu que l’on s’intéresse de près aux évènements, ainsi qu’aux tendances du temps longs, il n’existe jamais de rupture nette et définitive. Si, dans le domaine de la pensée, la Renaissance marque indubitablement une rupture, le Moyen Âge, comme le soulignait entre autres le médiéviste Jacques Le Goff, n’en finira pas de mourir. Ainsi, François Ier, dont le règne s’ouvrit en 1515, se trouve à la charnière entre deux temps, entre deux paradigmes : la tradition et la modernité. Nous chercherons à définir dans cet article si ce roi se fit emporter par le basculement titanesque que connut son époque ou s’il conserva au moins en partie l’ordre ancien. Ne pouvant néanmoins procéder à une présentation exhaustive d’un tel règne, nous avons décidé de suivre cinq axes qui nous permettrons d’observer l’action du roi sur des domaines précis : son activité internationale au début de son règne, l’état général de la France sous celui-ci, son rapport à l’humanisme de la Renaissance, et enfin, les rapports du roi avec l’Eglise et son rôle dans la lutte contre le protestantisme.

Un roi médiéval en Renaissance

Fils de Charles d’Angoulême, un Valois descendant du roi Charles V, et de Louise de Savoie, François Ier ne dut de monter sur le trône qu’au hasard des décès et des absences de descendance mâles de ses prédécesseurs : Charles VIII (1483-1498) et Louis XII (1498-1515). Il ne reçut donc pas une éducation de souverain, mais fut élevé par sa mère, Louise de Savoie, à partir de ses deux ans, suite à la mort de son père. Dans un premier temps, Louis XII, dépourvu d’héritier mâle, avait proposé la main de sa fille aînée, Claude de France, héritière du duché de Bretagne, au futur Charles Quint. Il se ravisa et opta pour finir pour François, ce qui permettait d’assurer la cohésion du royaume. Le mariage eut lieu en 1514. François fut donc proclamé roi de France à la mort de Louis XII, le 1er janvier 1515. C’est d’ailleurs à cette occasion que fut prononcée officiellement pour la première fois la fameuse devise : « le roi est mort, vive le roi », témoignant du principe de continuité dynastique et politique de la monarchie française.

Ses premiers actes en tant que roi s’inscrivirent dans la droite ligne de ses prédécesseurs médiévaux. Il tenta ainsi de faire valoir ses droits familiaux et féodaux sur le Milanais, perdu par Louis XII en 1513, de reconquérir son héritage et écrasa les Suisses, à la fameuse bataille de Marignan (13 septembre 1515). L’inscription de ce roi dans la tradition médiévale européenne va beaucoup plus loin que le simple attachement à ses droits féodaux. En effet, à sa demande, il se fit armer chevalier par le Chevalier Bayard. Par ce geste hautement symbolique, François Ier exprime le désir de prolonger la tradition du roi combattant, illustrée à maintes reprises au cours du Moyen Âge par plusieurs rois français (Philippe Auguste, Jean II le Bon, pour ne citer qu’eux), alors même qu’à la suite de la capture de Jean II le Bon par les anglais à la bataille de Poitiers de 1356, cette pratique avait été découragée par l’entourage des princes, afin de protéger la personne du roi. François Ier sut exploiter sa victoire avec habileté. Il signa une paix perpétuelle avec les cantons suisses à Fribourg, en 1516. Le Milanais revenait donc à la France, qui obtenait par là même un pied dans la riche et dynamique péninsule italienne.

La seconde étape de son règne est aussi remarquable, bien que vaine. François Ier brigua le titre impérial, afin d’empêcher son rival Charles de Habsbourg d’acquérir une puissance trop dominante en Europe. En effet, si ce dernier était élu empereur, il verrait du même coup son pouvoir devenir si considérable qu’il déséquilibrerait le fragile ensemble des nations européennes. Il régnait en effet déjà en Espagne, à Naples, en Franche-Comté, aux Pays-Bas, et en Amérique. Son élection faisait – et fera encore dans le siècle à suivre – peser une menace insupportable sur le royaume de France. Par conséquent, François Ier se porta candidat. Les deux prétendants s’adonnèrent à des négociations impliquant des sommes démesurées afin d’acheter les votes des électeurs. Ce fut cependant Charles de Habsbourg qui fut élu en 1519, devenant par là même l’empereur Charles Quint. Si la compétition des deux souverains pour le trône impérial relève de stratégies dynastiques et féodales, nous ne pouvons occulter le prestige immense du titre d’empereur, et la prégnance de l’idée impériale héritée de Rome et de Charlemagne, chez ces hommes du XVIe siècle.

Cette affaire témoigne cependant d’un mouvement de fond plus lourd de conséquence sur le destin de l’Europe : la fin de l’idée de chrétienté comme ciment des représentations politiques internationales. La puissance démesurée de son rival Charles Quint, alors que l’ordre international ancien reposait sur un subtil et rigoureux équilibre des puissances, poussa François Ier, pris en étau, à mener une politique diplomatique certes audacieuse mais en rupture totale avec l’idée traditionnelle de chrétienté. Contre Charles Quint, il s’allie avec les princes luthériens d’Allemagne en révolte contre ce dernier, ainsi qu’avec le sultan Soliman le Magnifique pour prendre l’Empereur à revers sur ses frontières orientales. François Ier inaugure donc une politique d’alliance de revers contre son voisin germanique, entérinant la prise de pas des logiques stato-nationales (qui s’étaient développées, il est vrai, assez tôt au cours du Moyen Age, et qui triompheront à la paix de Westphalie de 1648) sur l’idée d’une chrétienté unifiée, facilitée par la division religieuse de l’Europe (ou confessionnalisation).

La France sous François Ier : prospérité et mutations

La réponse à notre question liminaire réside peut-être également dans l’état de la France sous le règne de François Ier. Sous son règne la France est un pays prospère, économiquement et démographiquement. Néanmoins, cette prospérité, poussée par une dynamique nouvelle d’expansion de l’Europe dans le monde, ou « première mondialisation », ou encore « Grandes découvertes », bouleverse l’ordre social traditionnel, annonçant l’avènement de la modernité sociale. La hausse des prix provoque un transfert des fortunes : la bourgeoisie commerçante connait un enrichissement important. La noblesse en revanche frappée dans ses biens par les dévastations et les rançons de la guerre de Cent Ans, est contrainte de céder en partie ses terres à la bourgeoisie montante. D’un autre côté, cet enrichissement sert aussi la magnificence du pouvoir royal : François Ier entretient en effet une véritable passion des belles constructions comme l’illustrent Chambord, Blois, Fontainebleau. Cette passion du roi pour l’art de la Renaissance, la richesse de l’Etat, lui permettent d’entretenir une brillante vie de cours dopant l’artisanat d’excellence. De même, le pouvoir peut constituer une armée de métier forte en nombre et fidèle car payée régulièrement. L’Etat bénéfice également de ce développement : les 12 000 officiers qui constituent la plus importante administration d’Europe – déjà ! – et qui portent la volonté royale dans les provinces les plus reculées. Le royaume de France poursuit son unification politique et culturelle, à travers le développement de l’Etat royal (l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 participe de cette unification à travers la généralisation de l’emploi du français dans les textes officiels).

Néanmoins, toutes les retombées de cette politique ne sont pas bénéfiques : les guerres d’Italie, l’élection manquée à l’Empire, les dépenses faites en construction de châteaux et les fastes de la vie de cour coutent cher. Le roi est donc contraint de rechercher tous les moyens d’augmenter ses revenus. La taille, impôt traditionnellement destiné à financer les guerres, augmente sans que cela ne suffisse pour autant à couvrir l’intégralité des dépenses. L’Etat moderne conserve sa figure de Janus : Etat protecteur et porteur de cohérence nationale, mais également Etat percepteur et parfois étouffant.

Malgré ces réserves, la richesse de l’État favorise la centralisation et l’unification de la nation française. L’annexion des domaines du connétable de Bourbon après sa trahison en 1523 et celle du duché de Bretagne à la Couronne de France débarrassant de fait le royaume des dernières grandes seigneuries dangereuses par leurs velléités d’indépendance. Enfin, si François Ier n’étend pas les frontières du royaume, il parvient à préserver l’essentiel face à la puissance des Habsbourg. Tel était son devoir de Roi de France, tel était le devoir de tous les rois de France. François Ier régna dans les années meilleures années du XVIe siècle, à son règne succéda un temps de crises politiques, religieuses et sociales. Pour les Français des années qui suivirent, son règne eut l’image d’un véritable âge d’or.

Un roi humaniste ?

L’humanisme est un véritable tournant dans la pensée européenne. Est-il pour autant une innovation ou une continuité ? Avant de nous intéresser aux rapports que le roi entretenait avec cette pensée, et les conséquences de ces rapports sur la réponse que nous allons donner à notre question, il importe de définir ce qu’est l’humanisme (ou plutôt ce que sont les humanismes), terme qui de nos jours désigne un vague philanthropisme individualiste et matérialiste (d’où son rejet de principe par nombre d’antimodernes). L’humanisme est avant tout un mouvement de renouveau intellectuel de l’Occident à partir du XIVe siècle en Italie (avec notamment Pétrarque en chef de fil), ayant pour fondement une redécouverte de la pensée antique. Il se nourrit d’un goût nouveau pour les vestiges et les manuscrits anciens, dont la masse est nourrie à partir du milieu du XVe par l’afflux de réfugiés venus de l’ancien empire Byzantin, détruit par les Turcs (1453).

Cette redécouverte des textes anciens, a posé plusieurs questionnements aux hommes de lettres de ce temps. Ils découvrirent en effet qu’avant le christianisme avait existé des civilisations dont les représentations de l’homme étaient recevables du point de vue de la dignité humaine. Erasme est le premier à s’apercevoir du danger que l’humanisme pouvait faire peser sur le christianisme. Cependant, l’humanisme ne fut pas pour autant un antichristianisme, et ce, par choix de grandes figures de cette pensée, tel Erasme. Ce dernier mit ses contemporains en alerte devant les risques de dérives que présentait une excessive fascination de l’homme antique. Selon Erasme, il n’est pas nécessaire d’effectuer un choix entre Platon et le Christ, puisqu’il y a communauté de pensée sur un certain nombre de points fondamentaux. De plus, l’humanisme est avant tout une méthode de connaissance, d’apprentissage, une démarche intellectuelle, motivée par la volonté de connaitre l’humanité dans sa diversité, les civilisations, l’Homme. Ainsi, si la dignité de l’homme existait dans le monde préchrétien, le christianisme apporte quelque chose de plus : tous les hommes sont égaux devant la grâce de Dieu, devant l’élection, la promesse du salut. Les vertus antiques donnent des règles pour vivre dans le quotidien, une éthique, des codes de conduite, de bien-être. Le christianisme quant à lui prépare à la vie dans l’au-delà. Nous sommes bien loin de ce que sera l’humanisme postérieur à Erasme.

D’autre part, les nouvelles lectures d’Aristote mènent à une lecture nouvelle de la notion de liberté de l’homme. Se développe ainsi l’idée que l’homme est libre, et que cette liberté lui donne accès à la connaissance à travers le logos, la raison. Or, pour l’Eglise en tant qu’institution, la recherche de la connaissance du secret de la Création constitue un péché d’orgueil. Or, la pensée antique postule dès ses origines connues que si l’homme se connait, il connaitra l’Univers. Pour l’humanisme, l’homme a une place privilégié dans l’Univers. Cependant, selon Pic de la Mirandole, cette revendication de l’homme n’est pas incompatible avec le christianisme dans la mesure où Dieu a fait de l’homme la perfection de la création, l’a placé au centre de celle-ci (puisqu’il lui a confié la Création). Il ne faut pas, en conséquence, entendre « humanisme » comme simple rationalisme athée et centré sur l’individu. Ce n’est que par la suite que le milieu humaniste se divisa sur le plan idéologique. Des radicaux, tels Pomponazzi, développèrent l’idée selon laquelle l’homme est seul dans l’Univers, et n’a rien à attendre de Dieu, mais doit se reposer essentiellement sur sa raison. Ce mouvement intellectuel eut donc plusieurs implications majeures : partant d’un caractère simplement érudit, il aboutit finalement à la mise au jour de contrées intellectuelles insoupçonnées. Malgré tout, au cours de la première moitié du XVIe siècle, le mouvement humanisme reste chrétien, participe d’une réintégration du passé antique païen dans la continuité de l’histoire européenne, devenue chrétienne dans les derniers siècles de l’Empire romain. Enfin, la passion pour l’homme antique portée par l’humanisme fonde la discipline des Humanités, reposant l’éducation sur l’apprentissage des langues anciennes. Ainsi, l’humanisme s’inscrit-il dans la conservation de notre longue mémoire européenne.

Il ne faudrait pas également commettre l’erreur de confondre humanisme et protestantisme : c’est précisément la division religieuse et la confessionnalisation de l’Europe provoquée par le schisme protestant qui va freiner l’humanisme. Les débats entre Erasme – resté catholique – et Luther, dans les années 1520, illustre bien cette rupture. Pour Erasme, conformément à la doctrine catholique, mais aussi selon une conception antique de l’humain, l’homme est libre, décide de recevoir ou non la grâce que Dieu accorde à tous. Pour Luther, au contraire, l’homme n’est pas libre, la condition de chaque individu est fixée par Dieu, selon la doctrine réformée de la prédestination (retour à l’élection divine présente dans le Judaïsme, avec laquelle le Christ avait rompu). Humanisme et catholicisme sont donc compatibles, ce qui explique sans doute l’adhésion du roi chrétien qu’était François Ier, défenseur de l’orthodoxie. En effet, l’humanisme a très rapidement bénéficié de la protection des princes, et de l’aristocratie. C’est à travers les guerres d’Italie que cette culture se répand en France. Or, François Ier a décidé de faire de la France une nation concurrente de l’Italie sur le plan intellectuel.

Comme certains de ses prédécesseurs, en premier lieu Charles V (1364-1380), François Ier met en place une politique systématique pour la culture. Elle participe d’une stratégie de représentation royale, visant à présenter le monarque comme l’un des grands mécènes antiques mais témoigne dans le même temps d’un réel goût pour les choses de l’esprit. Ainsi fonde-t-il une bibliothèque royale, en confiant à l’humaniste Guillaume Budé la mission d’enrichir celle de Fontainebleau, installée en 1544, et entretenant un budget pour fournir ces structures en livres. De même organise-t-il des missions de copistes pour quérir des manuscrits en Italie. Nous lui devons aussi l’invention de ce que nous appelons aujourd’hui le dépôt légal, principe selon lequel un imprimeur est tenu d’envoyer à la bibliothèque royale une copie de chaque manuscrit qu’il édite. François Ier est donc sans conteste un ami des arts et des lettres. A l’image d’un grand nombre de rois de France, il se prit de passion pour ce que nous appelons de nos jours la culture. Au fait de son époque, il s’intéressa aux humanistes qu’il soutint et protégea. Ils le lui rendirent en écrivant la gloire de son règne. Il mit de même à leur disposition un établissement dédié aux études humanistes : le Collège des lecteurs royaux (aujourd’hui Collège de France). La bienveillance royale, nous le développerons plus loin, ne signifiait en aucun cas tolérance absolue. En ces temps de troubles religieux, les opinions comme les hommes faisaient l’objet d’une surveillance particulière.

Le roi et l’autorité spirituelle : respect et défense de l’orthodoxie

Terminons cette réflexion avec un aspect fondamental de ce règne : les efforts de François Ier pour pacifier les relations avec l’autorité spirituelle, et pour garder la France dans l’orthodoxie catholique. Après sa victoire de Marignan, François Ier avait signé avec le souverain pontife Léon X le concordat de Bologne, qui devait régir le fonctionnement de l’Eglise de France (ou Église gallicane) jusqu’à la révolution française. Ce concordat constitue l’abolition de la pragmatique sanction de Bourges, promulguée par Charles VII en 1438, prétendant mettre entièrement l’Eglise de France sous la main du roi. Par cette convention avec le Saint Siège, le roi de France reconnait la suprématie en matière de foi de l’autorité du concile œcuménique réunit par le pape. D’un autre côté, le concordat accorde au Roi de France le contrôle de tous les évêchés et de tous les bénéfices ecclésiastiques et le droit de choisir les candidats à ces postes, sous réserve de l’approbation pontificale. Le concordat constitue donc un moyen de concilier le contrôle de l’Etat monarchique sur sa section nationale de la hiérarchie ecclésiastique. Le concordat met également un terme à l’esprit de réforme. Le roi ayant obtenu du pape des concessions importantes, ayant trouvé avec lui un terrain d’entente, n’a plus de raison de s’opposer à Rome. Ainsi les raisons qui mèneront certains autres Etat au schisme ne se présentent-elles plus en France. Cet acte porte cependant des limites qui auront des retombées calamiteuse : il introduit dans l’Église gallicane une division entre un haut clergé aisé composé de courtisans et un bas clergé pauvre, et qui n’hésitera pas à se révolter contre la royauté (la Fronde politique de 1648- 1653 contre Louis XIV fut aussi religieuse à travers la sédition du clergé parisien).

Face à la division religieuse

Face au développement du Protestantisme en France (la première affaire attestant leur présence dans le royaume date de 1524), François Ier, en roi catholique défenseur de l’orthodoxie, réagit pour faire reculer ce qui était encore considéré comme une hérésie. Malgré son ouverture aux idées nouvelles de son temps, son adhésion à l’humanisme chrétien, ses alliances avec des princes protestants et l’influence de sa sœur Marguerite d’Angoulême, il décide de rompre avec les réformés et entame leur répression. C’est notamment l’affaire des placards, qui vit des protestants placarder des proclamations attaquant la messe catholique jusque sur la porte de sa propre chambre, à Amboise dans la nuit du 18 au 19 octobre 1534, qui mit le feu aux poudres. Le roi pris l’affaire pour une attaque personnelle : il fit condamner et brûler quelques hérétiques et organiser une procession expiatoire. Pourtant, immédiatement après son retour de captivité, François Ier reprit sa protection des courants réformateurs, notamment sur les conseils de sa sœur, mais aussi pour des raisons diplomatiques. En effet, à partir de 1530 en Allemagne, une bonne partie des princes sont en révolte contre Charles Quint qui a pris la décision d’interdire le Luthérianisme. Mais l’affaire des placards mit le roi devant l’ampleur d’un mouvement réformateur radical, aspirant à une rupture doctrinale. Pour protéger l’orthodoxie, il publie 2 édits, en 1534 et 1535, demandant à toutes les cours royales (parlements, sénéchaussées, baillages) de traquer ceux qui perturbent l’ordre public. La législation se durcit au fur et à mesure que le règne progresse : si l’édit de Coucy promulgué en 1535 a pour objectif d’apaiser la situation après les premières répressions, puisqu’il accorde le pardon royal aux repentants, l’édit de Fontainebleau de 1540, place les affaires concernant les hérésies entre les mains des tribunaux royaux.

François Ier demanda finalement en 1543 à la faculté de Théologie de Paris (La Sorbonne) de lui définir les articles de foi chrétienne censés aider les juges royaux à identifier les réformés. Il diffuse ces articles de foi sous la forme de lettres patentes dans tous le royaume. Ils disent ce qu’un catholique doit croire, et ce qu’il doit pratiquer (doctrine de la transsubstantiation, unité de l’Église, culte des saints et de la Vierge Marie).

A partir de ce moment, les hétérodoxes ne sont pas dits hérétiques mais « rebelles ». Ainsi, par ces articles de foi, en leur donnant force de loi, François Ier ancre un principe qui allait de soi avant la division religieuse, mais qui du fait de la réforme devait être précisé : pour être français dans le royaume de France, il faut être catholique. L’identité religieuse participe donc de l’identité politique, ce qui fait de 1543 une date essentielle de l’histoire politique française. Cela ne suffit pas malgré tout à régler la question de la division religieuse. La France reste catholique, mais l’hérésie s’y développe malgré les répressions (Vaudois passés au protestantisme, protestants de Meaux en 1545-1546). Les fractures ouvertes à la fin du règne éclateront avec la crise de succession provoquée par la mort prématurée de son fils et successeur Henri II entrainant les guerres de religions (1562-1598) dont le cycle atroce ne pourra être clos que par la conversion d’un Prince protestant (né catholique, et ayant changé au total six fois de religions) à la foi de ses prédécesseurs. Tout un symbole.

Nutrisco et extinguo

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François Ier fut-il soumis aux changements commandés par la modernité ou fut-il un agent de conservation de la tradition ? Comme toujours, la réponse n’est pas simple. Dans son comportement, de nombreux éléments tendent à faire pencher la balance dans le sens de la deuxième solution. Roi chevalier, médiéval, fasciné par l’Empire, il fut aussi un défenseur acharné du catholicisme face à la Réforme, et soutint un humanisme chrétien. Il convient toutefois de souligner que malgré son action, des tendances nouvelles et puissantes, bien que subreptices pour la plupart, sont déjà à l’œuvre et provoqueront bientôt la chute de l’ordre traditionnel : la montée en puissance de la bourgeoisie d’affaire et le déclin de l’aristocratie sont amorcés, l’Europe et la France sont divisés religieusement, et ne parviennent pas à lutter de concert contre l’impérialisme Ottoman à l’extérieur, et contre la Réforme à l’intérieur. Colosse pris entre deux temps, François Ier fut roi dans un monde en plein basculement, c’est là la seule conclusion à tirer de ce règne exceptionnel : ce qu’il put conserver le fut, mais un homme si puissant soit-il ne peut à lui seul inverser le cours des évènements (encore fut-il qu’il soit pleinement conscient des enjeux à long terme, ce qui est peu probable et en tous cas difficile à établir).

L’emblème de François Ier, la Salamandre résume à elle seule la nature de son règne. Il illustre de même l’inscription de ce monarque dans son époque, pétrie d’un humanisme plaçant l’homme comme maître de la nature et des choses. Il correspond également à la sacralisation de la personne du roi, influencée par la figure revisitée de l’Empereur romain. La Salamandre symbolise la maîtrise du feu, lui-même symbole de pouvoir sur les hommes et sur le monde. De plus, cet animal, auquel était attribué des vertus magiques, était censé éteindre les mauvais feux et attiser les bons. Cette Salamandre est donc parfois accompagnée de la devise « Nutrisco & extinguo » (« Je m’en nourris et je l’éteins »). Certes, il serait aisé d’interpréter le feu de la Salamandre comme un symbole prométhéen de l’hybris d’un monarque tendant vers la sacralisation de sa personne. Néanmoins, la Salamandre, dans son rapport ambivalent à cet élément (elle entretient les bons, éteint les mauvais) témoignerait en revanche d’une conscience des potentialités destructrice du feu, et donc d’une volonté d’en faire un usage raisonné guidé par la mesure. Entretenir les feux de la tradition, s’en nourrir, éteindre ceux de la subversion.

Charles Horace,

Pour la Dissidence Française

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Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

(3 commentaires)

  1. Texte remarquable. J’y ai appris beaucoup de choses au sujet de la salamandre qui m’est chère pour d’autres raisons. Sur le même thème du feu: « La Psychanalyse du feu » qui est un ouvrage philosophique de Gaston Bachelard (1884-1962). Sa rédaction a été terminée le 11 décembre 1937. Pour Gaston Bachelard, l’homme imagine d’abord et voit ensuite. Les rêves et les mythes sont classés d’après les quatre éléments : air, eau, feu, terre. Ici, c’est l’élément « feu » qui prend une place prépondérante. Bachelard: Un grand parmi les grands. A mon humble avis.

  2. Soit dit en passant, il n’y a pas eu que la renaissance des arts français, des lettres françaises, du dessein français et de l’architecture française. A mon très humble avis, cette renaissance a aussi été permise par la renaissance italienne et la Mathématique italienne qui voit, à mon très humble avis la naissance du premier des métamathématiciens qui va marquer toute l’histoire des sciences jusqu’à nos jours: Alors que tout le monde ne savait pas compter, que les bons connaissaient les nombres simples et entiers, les meilleurs des meilleurs des meilleurs uniquement les nombres réels, cet homme inventa les nombres imaginaires… Tout du moins c’est ce que je tente, très maladroitement d’expliquer ici: http://wp.me/s5ursZ-string

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