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« Pour nous, nous n’avons pas à renier le 6 février. Chaque année nous allons porter des violettes place de la Concorde, devant cette fontaine devenue cénotaphe, en souvenir des vingt- deux morts. Chaque année la foule diminue, parce que les patriotes français sont oublieux par nature. Seuls les révolutionnaires ont compris le sens des mythes et des cérémonies. Mais si le 6 fut un mauvais complot, ce fut une nuit de sacrifices, qui reste dans notre souvenir avec son odeur, son vent froid, ses pâles figures courantes, ses groupes humains au bord des trottoirs, son espérance invincible d’une Révolution nationale, la naissance exacte du nationalisme social de notre pays. Qu’importe si, plus tard, tout a été exploité, par la droite et par la gauche, de ce feu brûlant, de ces morts qui ont été purs. On n’empêchera pas ce qui a été d’avoir été. »

Robert Brasillach, Notre avant-guerre, 1941

Le 6 février 1934, le président conseil Edouard Daladier présentait à la chambre des députés le gouvernement qu’il venait de former, suscitant du même coup une terrible manifestation antiparlementaire, ébranlant la république sur ses bases. Le lendemain même de l’évènement, la Gauche crie à la tentative de « coup d’état fasciste », inaugurant l’utilisation d’une de ses incantations caractéristiques. Mais quelle fut la véritable nature de cet évènement fondateur, épisode capital de l’histoire politique contemporaine ? Il convient avant tout d’en comprendre le contexte, de connaître les forces en présences. Il est également important de prendre la mesure de l’impact de ces manifestations. Nous tenterons, pour terminer, d’analyser l’échec relatif –car dépendant des objectifs, parfois divergeant, des divers acteurs- de ces manifestations, reflet de caractéristiques encore bien présentes au sein de la mouvance conservatrice.

Le contexte : crises et scandales

Depuis 1931, la France est frappée de plein fouet par la Grande dépression partie des Etats Unis en 1929. Cette crise économique et sociale touche en particulier les classes moyennes et populaires. Face à la tourmente, la IIIe république ne parvient pas à trouver de réponses adéquates, incapacité aggravée par une instabilité ministérielle chronique : entre mai 1932 et janvier 1934, cinq gouvernements se succèdent. Cette instabilité maladive et l’inefficacité du régime alimentent un fort antiparlementarisme, nourri par de multiples scandales politico- financiers. Enfin, comme l’a souligné Jean-Philippe Chauvin, la France traverse également une « crise de civilisation (…) à l’heure où les démocraties et les totalitarismes se font concurrence pour le contrôle des masses, et où technique et consommation assoient de plus en plus le règne de l’argent au détriment des cultures et des personnes » (Jean-Philippe Chauvin, dans L’Action Française 2000, 2004). En 1934, toutes les conditions étaient donc réunies pour produire une situation explosive ; ne manquait plus qu’un élément déclencheur pour mettre le feu aux poudres. L’affaire Stavisky fut ce déclencheur.

En Janvier 1934, un contrôle du ministère des Finances mit à jour l’escroquerie montée par Alexandre Stavisky, français juif d’origine ukrainienne. Malgré ses condamnations antérieures, il était parvenu à fonder le Crédit municipal de Bayonne et avait émis des bons à intérêt gagés sur de faux bijoux et détourné des millions de francs. Il avait réussi à monter cette vaste opération d’escroquerie grâce à ses relations parlementaires. Il fut en effet révélé dans la presse qu’Alexandre Stavisky avait bénéficié de dix-neuf remises de peine lors de son procès, alors que la Parquet était dirigé par le beau-frère de Camille Chautemps, alors président du conseil.

Or, le 9 janvier, le corps de l’escroc était découvert à Chamonix. La police prétendit que Stavisky s’était suicidé, mais l’essentiel de l’opinion publique n’y crut pas un instant. Quant à la Droite antiparlementaire, elle affirma que Stavisky avait été supprimé afin d’éviter l’ébruitement d’informations compromettantes pour de hautes personnalités du régime. Ainsi, d’une simple affaire d’escroquerie dont le régime était pourtant coutumier, l’affaire Stavisky se mua en scandale politico-financier impliquant tous les milieux du régime, notamment le parti radical et la franc-maçonnerie (très présente et visible dans la vie dudit régime). Dans le quotidien l’Action Française, Léon Daudet, lui-même ancien député, dénonce les « voleurs » et les mauvaises mœurs parlementaires ayant cours dans « la caverne des brigands » (ainsi désignait-il le Palais-Bourbon, accueillant la chambre des députés). Certains ministres ayant été mis en cause, le président du Conseil Camille Chautemps démissionne le 27 Janvier. Le 30 Janvier, le président de la République Albert Lebrun parle de confier la présidence du conseil des ministres au radical Edouard Daladier, soutenu par la majorité socialiste et radicale issue des élections de 1932. Cette nomination n’atténue pas la méfiance de l’opinion à l’encontre du régime, d’autant plus que dès le début de son mandat, Edouard Daladier mute le préfet de police Jean Chiappe, qu’il suspectait d’une trop grande indulgence envers les ligues (c’est d’ailleurs ce qui déclencha les émeutes du 6 février). La tension monte au fil du mois de février. Dès le 3 février, Léon Daudet dénonçait le durcissement du régime, et l’arrivée de mitrailleuses destinées à défendre le Palais Bourbon le cas échéant : « Maintenant, ils ont imaginé qu’un tel régime, perdu de rapines et de stupres, ne peut plus être défendu qu’à coups de mitrailleuses. […] Nos campagnes ont rendu plus malaisé à la police politique (…) l’assassinat individuel. C’est sans doute ce qui a suggéré à “ces messieurs” d’user de l’assassinat collectif. Les parlementaires ont trouvé, sans doute, que le mépris ne leur suffisait pas, qu’il leur fallait s’attirer la haine de toute la population parisienne. »

Les ligues qui agitaient la rue étaient des mouvements politiques de masse, rassemblant des déçus et des mécontents venus de tous les bords politiques. Beaucoup étaient d’anciens combattants. Elles se sont développées pour la plupart à la faveur de la crise économique. Certaines, à l’image de la Ligue d’Action Française ou des Jeunesses patriotes étaient plus anciennes. L’Action Française joue d’ailleurs dans ces milieux un rôle pilote et structurant du fait de son ancienneté et de sa force de frappe militante radicale et formée que constituent les Camelots du Roi. Elle occupait la rue dès l’affaire Stavisky. Dès le 7 janvier, Maurice Pujo publiait un appel aux Parisiens dans les colonnes de L’Action Française : « Un scandale éclate montrant que la pauvre épargne publique, dont le régime prétendait assurer la protection à si grands frais, est livrée par les pouvoirs mêmes qui en avaient la garde aux rafles colossales d’un métèque escroc. […] Il n’y a plus, pour les honnêtes gens dépouillés, de recours auprès d’une magistrature et d’une police complices de malfaiteurs. Il faut que, pour défendre leurs biens avec la propreté du pays, ces honnêtes gens se dressent pour faire eux-mêmes la tâche. »

A la suite de cet appel, à partir du 9 janvier, treize manifestations en rapport avec cette affaire eurent lieu à Paris. Les Camelots du Roi avaient l’habitude de battre le pavé, ainsi que d’orienter les manifestations dans la voie tracée par les dirigeants de l’Action Française. Ainsi dénoncent- ils les « voleurs » et appellent-ils de leurs vœux une « réaction nationale ». La mutation de Chiappe pousse finalement les ligues à lancer un appel à manifester le jour de l’investiture de Daladier, devant le Palais Bourbon, siège de la chambre des députés.

Les forces en présence

Au sein des organisateurs de la manifestation se trouvent une association d’anciens combattants, les Croix de Feu, dirigée par le lieutenant-colonel comte François de La Roque. Leur nom est inspiré par celui donné aux soldats décorés pour une action d’éclat au cours de la Grande Guerre. Pétris de christianisme social, ils sont également hostiles à toute forme de racisme et d’antisémitisme. De La Rocque est quant à lui favorable à un régime de type présidentiel, dans la droite ligne du Boulangisme. Le charisme de ce vétéran, excellent orateur et homme de conviction fédère le mouvement. Ils sont ce jour-là majoritaires dans les rangs des manifestants.

La ligue monarchiste d’Action Française est, évidemment, également présente, et aura un rôle directeur essentiel. On note de même la présence de la ligue des Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger, ainsi que le groupe Solidarité française de François Coty, groupe inspiré par Benito Mussolini, l’Union nationale des combattants, et la Fédération des contribuables. On notera encore la présence d’un mouvement communiste, l’Association républicaine des anciens combattants. C’est ainsi au total une foule de 30.000 manifestants dont une bonne majorité d’anciens combattants qui se pressent devant la chambre des députés ce jour-là au cri de «À bas les voleurs !». Ce qui unit les manifestants est le rejet du parlementarisme, de la corruption et de la république bourgeoise.

Une manifestation violente et meurtrière

Dans la soirée du 6 février, les ligues rassemblées à différents endroits de la Capitale font converger leurs cortèges vers la place de la Concorde et tentent de traverser la Seine afin d’atteindre le Palais Bourbon. Les forces de l’ordre leur barrent le passage sur le pont de la Concorde et finissent par faire feu sur la foule. Les affrontements se prolongent dans la nuit, jusqu’au matin suivant. Le bilan humain est de vingt-deux morts et de nombreux blessés. En termes de tués, l’Action française paye le plus lourd tribut.

L’essentiel des membres de l’Union nationale des combattants est resté à l’écart des événements de la Concorde. De même, les Croix de feu avaient défilé sur la rive gauche de la Seine. Ils ne prirent pas d’assaut le Palais-Bourbon, pourtant beaucoup plus difficile à défendre de ce côté de la Seine, et se contentèrent d’encercler le bâtiment avant de se disperser en bon ordre. Le colonel De La Rocque a refusé de rompre avec la légalité et de renverser le régime, objectif avoué des autres mouvements, ce qui ne l’empêchera pas par la suite d’être considéré par la Gauche comme la principale menace fasciste… Cette dispersion rendit impossible toute tentative visant à renverser le régime par la force.

Au Palais-Bourbon, pendant les heurts qui avaient lieu à l’extérieur, la Droite parlementaire tenta de profiter de l’émeute pour contraindre le gouvernement à la démission. La Gauche fit toutefois bloc derrière Édouard Daladier. Des échanges de coups eurent lieu avant que la séance ne soit finalement levée.

Au total, les affrontements firent vingt-deux morts dans les rangs des manifestants (tués sur le coup ou des suites de leurs blessures), et un dans ceux de la police, auxquels il faut ajouter les blessés. Six des manifestants tués étaient liés à l’Action française : Alphonse Aufschneider, vingt-sept ans, valet de chambre, Costa Cambo, quarante-deux ans, chômeur, Raymond Lalande, 24 ans, Jules Lecomte, trente-cinq ans, ouvrier chez Renault, Charles Liévin, 34 ans, Georges Roubaudi, trente-six ans, industriel. L’appartenance politique des autres victimes est inconnue : Raymond Coudreau 49 ans, Louis Ethevenaux 26 ans, Jean-Eloi Fabre 21 ans, Lucien Garniel 16 ans, Corentin Gourland 34 ans, André Javey 39 ans, Marius Labouchaix 42 ans, Henri Lammert 31 ans, Ali Mezziane 28 ans, Jean Mopin 24 ans, Albert Munnier 27 ans, Gratien de Noblens 55 ans, René-Alain Peuzier 29 ans, Raymond Rossignol 37 ans, Alfred Soucary 30 ans, Henri Vaury 29 ans. Le 7 février, dans son quotidien éponyme, l’Action française titrera : « Après les voleurs, les assassins »…

A Gauche, naissance de la stratégie « antifasciste »

Face à l’agitation et aux désastres qui l’accompagnent, Edouard Daladier cède sa place à Gaston Doumergue, le 7 février. La Gauche parlementaire réagit immédiatement, dénonçant une tentative de coup d’état fasciste, et appelle au rassemblement des forces progressistes. Ces mêmes forces organisent trois jours après une contre-manifestation rassemblant socialistes et communistes, et qui dégénère à son tour, faisant 9 morts.

Face à ce qu’ils lisent comme une tentative de coup d’état fasciste, les militants socialistes et communistes poussent leurs chefs à s’unir pour faire barrage à la droite aux prochaines élections législatives. Leurs aspirations sont en accord avec la stratégie globale de Staline, qui s’inquiète de la montée au pouvoir d’Adolf Hitler en Allemagne (1933) et d’une possible explosion du nombre des régimes anticommunistes en Europe. Il donna donc l’ordre aux chefs des partis communistes réunis au sein du komintern (internationale communiste) de passer des alliances avec les autres partis de gauche, tels les socio-démocrates ou les socialistes. Cette stratégie donna naissance en France et en Espagne à des alliances électorales plus connues sous le nom de Fronts Populaires.

La « lutte contre le fascisme », antienne de la Gauche française prend donc sa source à la suite de ces évènements. Mythe politique visant à rassembler les forces du « progrès » contre une entité floue désignée sous le terme de « fascisme », elle permit un renforcement intérieur de la Gauche, divisée entre socialistes et communistes depuis le congrès de Tours de 1920. Pourtant, en réalité, il n’existe pas en France, dans les années 1930, de forces fascistes significatives. En effet, ni l’Action Française d’inspiration contre-révolutionnaire, catholique et royale, ni les Croix de feu, catholiques sociaux, ne relèvent à proprement parler du fascisme, idéologie laïque, anticléricale, et fortement teintée de socialisme. Nous citerons également Jean Sévilla : « La vérité, c’est que le mythe fasciste a été forgé par les communistes afin de proscrire ceux de leurs adversaires qui leur résistent avec vigueur. Mais l’étiquette, arme du terrorisme intellectuel, est malléable […] Sous ce vocable sont amalgamés des phénomènes politiques appartenant à des univers différents, répondant à des causalités dissemblables, et qui peuvent être antagonistes […] le fascisme des antifascistes, c’est un mensonge sémantique ».

La recomposition de la Droite

En France, le front populaire remporte les élections législatives en mai 1936. Le 10 janvier de cette année, sous le gouvernement de Pierre Laval, la chambre des députés avait déjà voté une loi autorisant la dissolution des ligues hostiles à la République. Le comte De La Rocque décida de dissoudre les Croix de Feu et fonda un nouveau parti : le Parti Social Français (PSF), lui aussi d’inspiration chrétienne et sociale, rassemblant peu à peu un million de militants, devenant ainsi le premier parti de France. La guerre mit toutefois un terme à son ascension.

Plus à droite sur l’échiquier politique, d’anciens ligueurs, déçus par l’échec du 6 février se rassemblent dans une association secrète antirépublicaine : la Cagoule (ou C.S.A.R. : Comité secret d’action révolutionnaire), fermement critiquée par l’Action française. Dirigée par Eugène Deloncle, elle fait montre d’une activité intense dès 1934 et se donne pour but de renverser la République, en suscitant une révolution par le haut. Elle projette d’installer le Maréchal Pétain, dont la popularité auprès des français atteint des sommets du fait de son statut de vainqueur de Verdun, à la tête de l’Etat. Leur réaction à l’occupation sera cependant diverse, ces membres se retrouvant aussi bien dans la résistance que dans la collaboration.

Le sens d’un évènement

Les manifestations du 6 février 1934 constituent un objet complexe, qui ne peut se réduire à un fantasmagorique « coup d’état fasciste ». Nous l’avons vu, elles ne furent pas le fait d’une seule et même force, même si en son sein, l’Action Française eu un rôle prépondérant. La manifestation ne disposait pas d’une direction unitaire, ni même d’une idéologie collective ou encore de buts communs à tous ses participants : il s’agit avant tout d’une fédération ponctuelle des mécontentements et des désaffections envers le régime républicain. Comme le souligne Jean Sévilla dans son Historiquement correct : « Pas de chefs, pas de but commun, pas d’armes, pas de complicité avec l’armée : la manifestation du 6 février n’était pas une tentative de coup d’Etat ». Maurice Pujo, en 1938, allait déjà dans le même sens : « La Commission d’enquête a cherché un complot du Six Février. Mais il n’y avait pas un complot pour la bonne raison qu’il y en avait cinq ou six qui s’excluaient, se contrariaient et se cachaient les uns des autres. Il y en avait dans tous les coins et sur les canapés de tous les salons. On peut se rendre compte qu’il n’y avait aucune entente entre les groupes divers en examinant les rendez-vous qu’ils avaient donné pour la soirée historique, et les dispositions qu’ils avaient prises, sans parler des manœuvres qu’ils firent et dont à peu près aucune n’était d’ailleurs préméditée. Si, par impossible, les patriotes l’avaient emporté dans de telles conditions, s’ils avaient chassé le gouvernement et le parlement, le désaccord entre eux n’aurait pas manqué d’apparaître presque aussitôt et les gauches vaincues n’auraient pas tardé à reprendre le pouvoir. »

Certes, pour l’Action française et ses penseurs, tels Charles Maurras, il ne s’agissait pas simplement de participer à une démonstration émotionnelle de rejet de personnalités malhonnêtes, mais de dénoncer le régime dans son ensemble, ses principes fondateurs, et de faire valoir la légitimité d’un recours à la monarchie qu’incarnait le dauphin Henri, Comte de Paris. Ainsi convient-il de souligner l’intense activité des Camelots du Roi dans les semaines précédant les évènements : il ne s’agissait pas pour eux d’une « réaction épidermique » mais de l’aboutissement d’un travail militant de longue haleine, à Paris comme en province, en appelant au « pays réel contre la pays légal ». Cependant, les cadres de l’Action française n’en demeuraient pas moins conscients que tous les éléments nécessaires à une prise de pouvoir n’étaient pas encore réunis. En effet, la province n’a pas suivi l’agitation de la capitale. De même, dans un pays encore largement catholique, le mouvement royaliste gardait mauvaise presse dans une partie de l’opinion suite à sa condamnation par le pape en 1926. La division et la concurrence interne ont également beaucoup joué dans son échec. Toutes les ligues nationalistes ayant manifesté le 6 février ne partageaient pas le royalisme de l’Action française. Les intentions envers le régime, enfin, différeraient radicalement d’un mouvement à l’autre : quand l’Action française visait explicitement à attaquer le régime, les Croix de feu ont joué la carte de la légalité républicaine.

Le problème de la nature des évènements n’est donc pas simple. Selon Maurice Pujo, qui écrivit en 1938 une étude à propos de ces évènements : « Le 6 Février a été, à son origine, le sursaut national le plus spontané, le plus pur d’arrière-pensées. Il a été la révolte de l’honnêteté et de l’honneur français contre un scandale qui était une des hontes naturelles et cachées du régime : le pillage de l’épargne sans défense avec la complicité des gouvernants qui en ont la garde. ». De même, la question d’un complot de la Droite antiparlementaire contre le régime n’a pas vraiment de sens. L’intention de l’Action française de renverser le régime a été constante, puisqu’il s’agissait de sa vocation ! La gauche a eu beau jeu de s’en indigner, quand bien même l’Action française a toujours agit à ciel ouvert. Si elle avait pu renverser le régime, elle l’aurait fait, elle ne le fit pas car elle ne le put : « Il y avait sans doute – ce qui est important – un malaise incontestable qui, au-delà des hommes au pouvoir, était de nature à faire incriminer le régime. Il y avait même, à quelque degré, dans l’esprit public, un certain état d’acceptation éventuelle d’un changement. Il y avait aussi l’inorganisation relative et le sommeil des éléments actifs chez l’adversaire socialiste et communiste. Mais ces conditions favorables, en quelque sorte négatives, ne pouvaient suppléer à l’absence de conditions positives indispensables pour avoir raison de cette chose solide par elle-même qu’est l’armature d’un régime resté maître de son administration, de sa police et de son armée. Et il faut un simplisme bien naïf pour s’imaginer qu’en dehors des jours de grande catastrophe où les assises de l’État sont ébranlées, comme au lendemain de Sedan, le succès peut dépendre d’un barrage rompu… » (Maurice Pujo).

En sommes, le 6 février a manqué d’un « Monk » (1), qui déjà présent dans le régime aurait été en mesure de donner des ordres aux corps constitués afin qu’ils tendissent la main au pays réel en l’accompagnant dans l’action. Citons de nouveau pour finir Maurice Pujo : « Certains s’imaginent qu’ils décideront Monk par la seule vertu de leurs bonnes relations avec lui et dans quelques conciliabules de salon. Singulière chimère ! Monk éprouve très vivement le sentiment de sa responsabilité. Ce n’est qu’à bon escient qu’il acceptera les risques à courir pour lui- même et pour le pays et il a besoin de voir clairement les suites de son entreprise. Devant apporter une force matérielle qui est tout de même composée d’hommes, il a besoin de pouvoir compter, pour le soutenir, sur une force morale assez puissante. Il ne réclame pas de civils armés – c’est là l’erreur de la Cagoule – qui doubleraient inutilement et gêneraient plutôt les soldats, mais il veut trouver autour de lui, lorsqu’il descendra dans la rue, une « opinion » claire, forte et une. Et cela n’existait pas au Six Février. Si les manifestants étaient unis par le sentiment patriotique et le mépris de la pourriture politicienne, ils n’avaient pas d’idée commune sur le régime qui conviendrait à la France pour la faire vivre « dans l’honneur et la propreté ». De plus, les rivalités de groupes et les compétitions des chefs empêchaient même que, séparés dans la doctrine, ils pussent s’unir dans l’action. ». (2)


Notes

(1) George Monck dit Monk (1608-1670), duc d’Aumale et amiral anglais, qui sous le gouvernement d’Olivier Cromwell participa à la restauration du roi catholique Charles II.
(2) Cet article a été écrit en s’appuyant sur :


Charles Horace,

Pour la Dissidence Française

sep2

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

4 commentaires

  1. J’ai apprécié grandement cet article, car ces évènement de 1934,étaient trop flous dans ma mémoire.Et je ne peux m’empêcher de sentir une corrélation entre « l’ambiance » de cette époque, et celle que nous vivons.Merci pour votre éclairage.

  2. Oui et…
    Cette nouvelle guerre, présente et à venir, ces nouveaux combats, présents et à venir, ne sont plus uniquement militaires et financiers. Cette nouvelle bataille est matérielle, financière, bactériologique, technologique, médiatique et psychologique. Sur tous les plans à la fois. Une constante cependant: La guerre faite aux peuples est, une fois de plus, tournée contre les peuples. Elle est pensée, structurée, organisée par nos dirigeants actuels, adeptes du gouvernement mondial, grassement payés, contre le peuple cette fois-ci encore. Cependant, quelques groupes, épars s’organisent et tentent une contre offensive. Une contre offensive désespérée comme le romantisme du paysage d’un lac aux prises avec un froid d’hiver glacial. Sans plus aucun espoir de printemps. Ces groupes dissidents ont cruellement besoin de votre soutien: Rejoignez la pensée dissidente. Certains groupes s’organisent et recrutent: Voici un exemple de recrutement réalisé par un groupe dissident: http://wp.me/p5rxso-23 . Ce n’est pas le meilleur groupe dissident. Ce n’est pas le moins bon. Il existe. Simplement. Auprès d’autres.

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