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Saint Paul considérait l’apostasie comme le seul péché sans rémission. Il est impossible, disait-il, pour ceux qui une fois ont goûté au don céleste, qui sont devenus participants de l’Esprit Saint, qui ont savouré la belle parole de Dieu et les forces du monde à venir, et qui néanmoins sont tombés, de les rénover une seconde fois en les amenant à la pénitence. Mais se figurait-il que la chrétienté serait un jour ainsi supplantée dans son rayonnement évangélique par les boulards et les sex-tapes ? A moins que ce soit précisément son propos, à moins que réside dans cette considération une inquiétude prophétique augurant l’avènement d’une irrépressible mythologie païenne… Sûrement avait-il deviné qu’un jour, pieux ou prou, les hommes seraient soumis à un même démon, réunis sous le joug numérique des bukkakes, des gangbangs, et des double-pénérations.

C’est implacable : nous sommes tous, à différents degrés selon les cas, de vils pornophages. Versant industriel de la séculaire pornographie, le porno est un catalyseur de la modernité ; cette modernité qui tend, par la perpétuelle mise à mort du secret, à uniformiser, niveler et cadenasser les désirs de chacun. Excepté pour de rares spécimens déconnectés, en dépit de nos réticences et de nos relents puritains, le porno est notre horizon terrestre universel. Il est un culte dont nous sommes les fervents dévots. Nous pourrions le réfuter de toutes nos forces, avec autant de vigueur que nos corps et nos esprits consentent à nous donner, que nous n’en serions que plus vaniteux et faux.

Le porno on tombe dedans petit, sans que le choix nous soit laissé, comme on tomberait dans la marmite ou dans le bénitier, et c’est alors que pendant le reste de sa vie, chaque soir, on fait sa prière en se dégorgeant les valseuses. Au commencement est le Web ; la pine se raidit dès qu’on bigle le cortège des gigues béantes ; en une fraction de clic on touche à ce qu’on croit être de la volupté ;… et ça fait du bien par où ça sort.

Défloré des mirettes, rôdé du poignet, on se familiarise aussitôt avec le cheptel des professionnelles du milieu. Callipyges acrobates avaleuses de zobs, orifices sur pattes à la sauce de roubignoles, le sobriquet sexy de ces idoles contemporaines n’excède jamais deux syllabes. Elles se nomment Katie, Lela, Jesse, Britney, Nikki, Jenna, Tori, Hannah, Mindy… Filles de pochtrons à la torgnole facile, venues au monde dans les tréfonds du Wisconsin ou du Dakota, ce sont des étudiantes sans-le-sou, des pauvresses à la culture aléatoire, descheerleaders à la dérive… Toutes, elles ont débuté en prodiguant des lap-dances dans un strip-club en bord d’autoroute où défilaient sans relâche les camionneurs concupiscents… et ce n’est qu’après avoir accompli cette mission prosélyte qu’elles sont enfin parties à la conquête du flouze et des paillettes en enchaînant les castings-canapés dans les motels qui jalonnent lahighway. Des mois plus tard, down the road, elles se bâfrent de chibres à la chaîne, y allant volontiers de leur crachat ou de leur mot cochon dans l’espoir de pimenter, aux yeux du spectateur, la routine de leurs ébats machinaux. Enfourchées, enfilées, fourrées de part en part, elles captent, par la bouche et le con, ces frivoles madones, la lumière des projecteurs – en n’en reflétant que d’infimes rayons sur les pèquenauds bourrés d’hormones qui leur tiennent lieu de ramoneurs.

Guiboles écartées face à l’objectif et lambeaux de carne frictionnés en gros plan, l’intime et le secret sont expédiés droit à l’abattoir afin que soit sustenté l’appétit onanique… Le tour est joué ! on ne bande plus que par l’explicite. L’excitation méthodique s’est greffée au cervelet ; le porno-réflexe a été contracté.

Ainsi peut-on tout à fait envisager qu’un jeune homme d’aujourd’hui, se définissant lui-même comme un anti-moderne, grand amateur de littérature réactionnaire, considère comme anodin le fait d’interrompre sa lecture de Joseph de Maistre pour aller se dégoupiller tranquillement la bombinette en reluquant les miches joufflues d’une blondasse peroxydée en train de se faire mettre par un malabar anonyme et trépané. Le poing cramponné à son sexe, il ne songe même pas à l’incohérence de la scène à laquelle il prend part ; tout au plus est-il pris après coup d’un vague sentiment de gêne qui se dissipe une fois les mouchoirs à la poubelle, la page de son livre retrouvée, et la lecture reprise là où il l’avait interrompue. En s’attardant à considérer cette situation burlesque et pathétique on peut mesurer l’infinie distance qui sépare ce jeune homme des siècles qui l’ont précédé, époques où n’existaient pas encore les caméras et autres appareils à capturer le réel, époques où l’imagerie sexuelle avait le mérite d’être encore assujettie à l’imagination de ses auteurs et de son public.

Si les mœurs ont été libérées ce n’était que pour mieux asservir les fantasmes, et, en moins de temps qu’il n’en faut pour claviotter le mot chatte, le marquis de Sade a été ravalé du rang d’impertinent et prodigieux transgresseur à celui de quidam. Si ce dernier n’était pas définitivement désintégré en poussières il serait certainement très embarrassé de constater que, de nos jours, la dimension scandaleuse de son œuvre est populairement laminée, foulée au foutre, surpassée aussi bien en cruauté qu’en obscénité par un ramassis de godiches et d’imbéciles qui n’ont ni son talent ni son style. Le porno a tout envahi, tout conquis, tout englouti. Dès lors, que reste-t-il du libertinage ? La même chose qu’il reste du monde d’hier, du monde de Saint Paul, de Sade et de Joseph de Maistre… C’est-à-dire à peu près rien, mis à part quelques vestiges et quelques ruines devant lesquels on se prend à rêver d’évasion et de châtiments divins.

Source : Club Roger Nimier

separateur

Rédigé par Dissidence Française

www.la-dissidence.org

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